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Rwanda-Centrafrique : des femmes unies pour la paix

Une dizaine de femmes de l'Église Protestante Christ-Roi de Centrafrique ont été reçues début octobre au Rwanda pour se former à l'accompagnement des victimes de violences. Le but : faire profiter la cellule d'écoute mise en place à Bangui de l'expérience acquise au Rwanda pour réconcilier victimes et bourreaux après le génocide de 1994. Un premier bilan très positif de cet échange, soutenu par la Cevaa, a été fait au Conseil exécutif, et une suite est envisagée. Rencontre avec Suzanne Onambélé, initiatrice du projet.
Suzanne Onambélé, initiatrice du projet © Cevaa

Comment reconstruire un pays et réinventer un vivre-ensemble après un génocide, quand une partie de la population s'est efforcée d'éradiquer l'autre ? Vingt-trois ans après les tueries de 1994, le Rwanda semble y être parvenu. Il a fallu un effort constant de tout le pays, des autorités, des Églises, pour qu'aujourd'hui les familles de ceux qui furent soit victimes, soit bourreaux, puissent vivre côte à côte.

En République centrafricaine, la réconciliation semble bien loin, et la reprise des troubles ces derniers mois a de nouveau jeté sur les routes des centaines de milliers de civils fuyant les violences communautaires. Les réfugiés qui étaient rentrés dans l'ouest du pays, profitant d'une relative accalmie, sont repartis. Il y aurait dans le pays plus de 600.000 déplacés.

Suzanne Onambélé veut pourtant croire que ces violences et misères de toutes sortes qui gangrènent son pays ne sont pas une fatalité. Et que les femmes, en particulier, ont un rôle à jouer, pour ne pas seulement subir : « dans tous les conflits, elles sont les premières victimes, car elles sont les plus fragiles ». Issue de l'Église Protestante Christ-Roi de Centrafrique (EPCRC, membre de la Cevaa), Suzanne Onambélé vit à Bangui, où elle est impliquée depuis plusieurs années dans des mouvements visant à désamorcer les violences : en tant que présidente du Mouvement des femmes de son Église, tout d'abord ; en tant que membre du Réseau des femmes croyantes et médiatrices de paix, ensuite. Et elle veut s'inspirer de l'expérience du Rwanda.

« C'est grâce aux femmes qu'a pu être enrayé le cycle de la violence »

Pour aller plus loin :

• Fiche d'Eglise : l'EPCR
• Fiche d'Eglise : l'EPRw
• Centrafrique : les femmes croyantes s’engagent pour la paix

Depuis le début des violences, l’EPCRC a mis en place, grâce au groupe des femmes, une cellule d’écoute des victimes, avec le soutien de la Cevaa. « Nous allions dans les camps de déplacés », se souvient Suzanne Onambélé, « pour y rencontrer les femmes et les enfants. » Depuis, les camps de déplacés ont disparu de Bangui ; les femmes de l'EPCRC ont aussi bénéficié de l’envoi d’un psychologue alsacien, Yann Yurgensen, qui effectue des missions courtes aux côtés du pasteur Bernard Croissant, envoyé par la Cevaa en mission d'accompagnement pastoral. Mais la tâche reste immense pour prendre en charge des victimes durablement marquées ; aussi, « nous avons demandé à nos sœurs du Rwanda de nous accueillir », raconte Suzanne Onambélé, « pour nous montrer comment elles prennent en charge les traumatismes. »

Le contact s'est établi grâce à la Cevaa, lors de l'Assemblée Générale de Sète, en octobre 2016. Suzanne Onambélé a pu alors s'entretenir avec Rose Mary Ibyishaka, pasteur de l'Église Presbytérienne au Rwanda, dont elle dirige le département femmes-familles, et qui a été très impliquée dans l'accompagnement de victimes : « Notre sœur Mathilde l'avait déjà vue lors d'une de ses visites au Rwanda et m'avait parlé ses activités. » Mathilde Guidimti Andet, chargée de mission pour la Cevaa dans le cadre du comité « Églises et santé », est en effet aussi une paroissienne de l'EPCRC ; elle a été amenée à se déplacer dans le Sud-Ouest du Rwanda, où se trouve l'hôpital de Kirinda, partie prenante du projet ; et c'est par son intermédiaire que la première rencontre a eu lieu. Elle a été d'emblée chaleureuse : «  Rose Mary Ibyishaka ressentait directement les souffrances que je lui décrivais suite aux violences dans mon pays, car elle avait vécu les mêmes », se souvient Suzanne Onambélé. L'idée d'un échange entre femmes de l'EPCRC et de l'EPR, deux Églises membres de la Cevaa, s'est imposée d'elle-même : « Nous avons commencé à travailler ensemble sur le projet pendant l'AG » .

« Certains nous ont montré la voie »

Un an plus tard, pratiquement jour pour jour, l'échange vient d'avoir lieu avec le soutien de la Cevaa. Une dizaine de femmes de Centrafrique ont été reçues début octobre à Kigali, afin de se former sur la prise en charge des victimes. Le compte-rendu de la visite a été fait dans la foulée au Conseil exécutif de la Cevaa, devant lequel Suzanne Onambélé a pu faire part de son enthousiasme sur la qualité de l'accueil dont a bénéficié sa délégation. « Nous avons pu rencontrer non seulement les femmes de l'Église, mais aussi des officiels rwandais. Nous avons eu huit jours intenses de formation à base de travaux bibliques, d'interventions de psychologues ou sociologues ; nous avons eu droit à un exposé du Secrétaire Exécutif de la Commission nationale de réconciliation... Et nous avons pu voir à quel point les femmes des diverses Églises se sont impliquées pour travailler ensemble et relever le pays des misères de la guerre. C'est grâce aux femmes qu'a pu être enrayé le cycle de la violence. »

Suzanne Onambélé envisage déjà la suite : une visite retour des femmes de l'EPR à Bangui. Et au-delà, pourquoi pas, un soutien rwandais à la cellule d'écoute de l'EPCRC... Elle y songe avec espoir et modestie. « Nous sommes une petite Église », reconnaît-elle, « nous n'avons que deux paroisses. Ce que nous proposons comme projets ne pourra pas répondre aux besoins de tout le pays. Mais nous pouvons nous regrouper, nous fédérer avec d'autres. Certains nous ont montré la voie en s'unissant. » Elle songe, sans les citer, au pasteur Nicolas Guerekoyame-Gbangou, à l'archevêque Dieudonné Nzapalainga, et à l'imam Omar Kobine Layama : trois hommes qui, au plus fort des violences, ont décidé d'unir leurs voix pour appeler à la paix, et que l'on a depuis surnommés les « trois saints de Bangui ».

Franck Lefebvre-Billiez


Interview vidéo
Suzanne Onambélé : "Nous avons pu voir toutes les réalisations qui ont été opérées"

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