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Genève : une loi sur la laïcité pour relancer le dialogue

Le Grand Conseil de Genève a adopté le 26 avril dernier un projet de loi visant à encadrer les rapports entre l'État et les religions. Un texte dont les premières versions avaient suscité l'inquiétude des Églises historiques genevoises, dont fait partie l'EPG, membre de la Cevaa. La version finalement adoptée interdit les manifestations cultuelles dans l'espace public, mais ne supprime pas la contribution religieuse volontaire et rappelle l'importance de l'enseignement du fait religieux dans les écoles publiques. Décryptage avec le pasteur Emmanuel Fuchs, président de l'Église protestante de Genève.
Le pasteur Emmanuel Fuchs, président de l'Église protestante de Genève © EPG

La laïcité telle qu'elle est vécue en Suisse et particulièrement à Genève est parfois mal comprise en Europe et notamment en France, l'autre grand champion du principe de laïcité. Que change le texte voté le 26 avril ?

Pasteur Emmanuel Fuchs, président de l'Église protestante de Genève : Au moins ce texte ne marque-t-il aucun recul par rapport à ce qui existait déjà. Il faut savoir qu'en Suisse, les Églises se trouvent dans des situations très variables d'un canton à l'autre. À Genève, notre Église ne reçoit pas un centime des autorités publiques, pas même pour les prestations sociales qu'elle donne. Ce qui était notamment en jeu, c'était la possible suppression de ce que nous appelons la contribution religieuse volontaire : il s'agit d'un service, facturé par l'État - nous le payons à hauteur de 2% - qui existe depuis l'après-guerre, et qui offre un canal de financement transitant par l'État aux personnes désireuses de soutenir les Églises.

Outre le fait qu'une partie importante de notre budget passe par ce dispositif, sa suppression aurait été vue par les Églises comme un manque de reconnaissance de leur rôle par l'État. Tout le travail social effectué par les Églises historiques à Genève (l'Église catholique romaine, l'Église protestante et l'Église catholique chrétienne) était directement menacé. Voilà pourquoi, sur cette question, nous étions exactement sur la même ligne que les catholiques.

Au bout du compte, ce texte marque-t-il un durcissement vis-à-vis des Églises ou une tendance à l'ouverture ?

Pour aller plus loin :

Emmanuel Fuchs : Tout dépend dans quel sens on regarde les choses. Le principe de laïcité, tel qu'il est entendu à Genève, est généralement plus strict que ce qui prévaut en France. Il n'y a aucune aide publique pour les aumôneries, pour l'entretien des bâtiments des Églises, pas d'enseignement du fait religieux à l'école, et peu ou pas de contacts entre les milieux politique et religieux. Cette loi a au moins le mérite de mettre la question du religieux au centre des débats politiques. Elle pose clairement la question : quelle laïcité voulons-nous ? Une laïcité d'ouverture, ou une laïcité de fermeture ? Avec ce texte, c'est plutôt la conception d'une laïcité d'ouverture qui a gagné.

Qu'est-ce qui explique ce changement de perspective ?

Emmanuel Fuchs : Nous sommes depuis cinq ans au bénéfice d'une nouvelle Constitution, qui précise que l'État entretient des relations avec les religions. Un grand changement qui a rendu nécessaire d'ouvrir les débats, ce qui s'est traduit par un processus approfondi de plus de trois ans au cours duquel nous avons eu l'occasion de rencontrer divers politiques. Parfois, au cours de ce dialogue, nos interlocuteurs ont pu exposer des positions de manière très carrée. Mais il faut reconnaître que globalement, tous les politiques se sont saisis de la question. Parfois en la regardant avec des lunettes assez différentes des nôtres - par exemple sous l'angle sécuritaire... Mais d'autres en ont profité pour poser la question de la manière d'établir des relations fécondes entre politique et religion. Et globalement, le processus a été bien mené.

Quels sont les principaux problèmes posés à travers ce texte, et quelles sont les avancées ?

Emmanuel Fuchs : Il y a eu des débats vifs sur la question des tenues vestimentaires ou des signes religieux ostentatoires, mais ce n'est pas notre cheval de bataille. Nous sommes plus attentifs à la question de la possibilité ou non d'organiser des activités cultuelles dans l'espace public. La loi qui vient d'être adoptée l'interdit, sauf dérogation : il nous faudra être vigilants sur la manière dont les choses se mettent en place dans la pratique. Mais, fait nouveau, cette loi rappelle l'importance de l'enseignement du fait religieux dans les écoles publiques. Là encore, il faudra voir comment cette disposition sera concrètement appliquée. Enfin, sur le plan immobilier, ce texte prend en compte la situation patrimoniale des Églises et les travaux d'entretien qu'elles doivent réaliser sur leurs bâtiments, pour lesquels elles ne touchent jusqu'alors aucune aide. Sur ce point, nous estimons qu'il faudra aller plus loin...

Propos recueillis par Franck Lefebvre-Billiez

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