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AG 2014 de la Cevaa: les grands enjeux du travail avec les départements

Les départements missionnaires des Eglises de France et de Suisse, à savoir le Défap et DM-échange et mission, tout comme le Secaar, qui regroupe 18 membres mêlant ONG et Eglises d'Afrique, sont des partenaires privilégiés de l'action de la Cevaa. Le lundi 20 octobre, ils ont eu l'occasion de présenter leurs priorités, leurs grands enjeux et leurs programmes devant les délégués de l'Assemblée Générale de Saly.

8e AG DE LA CEVAA
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Défap : quatre grands enjeux pour les Eglises dans les 20 ans à venir

De gauche à droite : Bertrand Vergniol (Défap), Célestin Kiki (Cevaa), Etienne Roulet (DM), Jean-Daniel Peterschmitt (Secaar)

Le secrétaire général du Défap, Bertrand Vergniol, a rappelé les trois domaines essentiels d'action du Service protestant de mission :

1) l'échange de personnes (qu'il s'agisse d'échanges de courte ou longue durée, de l'envoi de VSI pour trois ans, de l'accueil de boursiers, de l'accueil de jeunes de Nouvelle-Calédonie qui viennent de passer le bac et doivent être accompagnés pendant leurs étudesen France...)

2) la participation à la formation théologique, sous de multiples formes (que ce soit par la diffusion d'exemplaires de la Nouvelle Bible Segond édition Défap, par l'envoi de professeurs de théologie et à travers les relations privilégiées entretenues avec les centres de formation, par l'entretien d'une réflexion théologique...)

3) l'animation missionnaire – principalement en France, mais pas uniquement

Au-delà de ces trois grands domaines, le Défap veut promouvoir la conviction que l'Evangile n'est pas enfermé dans nos murs, que l'Eglise a pour vocation d'être en mission ; que l'Eglise ne doit pas seulement agir pour ses membres, mais qu'elle doit aussi partager ses convictions sur la dignité humaine, l'amour du prochain...

Pour l'avenir à moyen terme, le secrétaire général du Défap envisage quatre enjeux prioritaires pour les Eglises dans le domaine de la mission :

Bertrand Vergniol, secrétaire général du Défap : les droits ne sont pas les mêmes selon que l'on va vers le Nord ou vers le Sud

- enjeu confessionnel : « Nous avons devant nous, a-t-il estimé, un horizon pour les 20 ans qui viennent : comment porter l'affirmation de nos convictions chrétiennes, soit face à un pluralisme religieux, soit face à un totalitarisme religieux ; soit même face à une sécularisation tout aussi totalitaire ? Comment inventer des mots, des structures, un accompagnement pour ce problème qui concerne tous les continents ? »
- enjeu éthique : quelles relations au pouvoir, à l'argent au sein des Eglises ? « Comment pouvons-nous, au Défap, nous saisir de ces questions d'éthique liées au fonctionnement des Eglises, et nous enseigner les uns les autres ? Sur certains sujets, il peut y avoir des différences très fortes. Nous devons pouvoir en parler entre frères et sœurs au sein d'une même communauté ».
- enjeu financier : le Défap reçoit, annuellement, 2 millions d'euros environ des trois Eglises dont il est le service missionnaire, et en verse environ 40 % à la Cevaa. Ce qui représente environ 900 000 euros que les Eglises de France ont décidé de verser à la Cevaa. Mais « nous avons besoin de réfléchir à ce qu'implique cet investissement dans la mission. Ce n'est pas rien quand une paroisse de France décide de soutenir une autre paroisse dont elle n'a jamais entendu parler à l'autre bout du monde. » Mais comment s'assurer que cette participation soit fructueuse, comment l'utiliser véritablement ensemble sans que celui qui paye n'en vienne à vouloir décider de l'utilisation des fonds, comment éviter que cet investissement ne soit vécu comme un impôt ?
- enjeu des échanges de personnes : « Un frère avec lequel je mangeais hier, a souligné Bertrand Vergniol, me disait : Toi, en Afrique, tu as plus de droits que moi en France. Et il vit en France, travaille et cotise en France. » Au-delà de ces inégalités persistantes, le secrétaire général du Défap a évoqué les grands drames des mouvements migratoires, les « barrières évangéliquement inadmissibles » dont s'entoure le monde occidental, et les jeunes qui font naufrage en traversant la Méditerranée, en posant la question : « Comment pouvons-nous être présents évangéliquement ? Ce sont aussi des jeunes de nos Eglises qui meurent ».

DM-échange et mission : « les Eglises suisses ont besoin de la Cevaa »

Etienne Roulet, président du Conseil de DM-échange et mission, a évoqué les enjeux actuel du service missionnaire des Eglises francophones de Suisse :

- DM-échange et mission s'est doté d'un programme institutionnel qui définit sa vision, ses valeurs, ses principes. Dans le choix des projets, il a prévu une concentration thématique (pour éviter le risque de dispersion) ; il veut promouvoir une dimension holistique (privilégiant des projets ayant une dimension à la fois matérielle, sociale, spirituelle...), une démarche programmatique, et souligne sa volonté de participer à la mission à la fois hors de Suisse et en Suisse.
- l'aspect financier pose des difficultés. Sur ce plan, a souligné Etienne Roulet, « nous avons en Suisse des Eglises qui souffrent. » Au niveau de DM-échange et mission lui-même, « nous avons un déficit structurel de 300 000 Fr. suisses ». D'où le besoin d'économies drastiques. Par ailleurs, une part très importante du financement de DM provient de fonds extérieurs aux Eglises ; mais d'autres structures, non confessionnelles, peuvent aussi prétendre aux mêmes subsides, et cette concurrence au niveau des financements met une pression sur les actions de DM : « les projets de type pastoral sont toujours plus difficiles à faire financer par le public que ceux tournant autour de la santé, de la solidarité internationale... » Conséquence de cette pression financière, DM-échange et mission a diminué sa contribution à la Cevaa de 50 000 euros.
- néanmoins, « nous voulons travailler davantage avec la Cevaa », a souligné Etienne Roulet, citant la volonté de DM de mutualiser les compétences en matière d'échange de personnes, de s'insérer dans le réseau d'information et de communication de la Cevaa, de profiter de la dynamique Jeunesse de la Cevaa pour y faire participer la jeunesse de Suisse. Le président de DM-échange et mission a affirmé enfin que « les Eglises suisses ont besoin de la Cevaa : elles souffrent dans leur vie intérieure, pas seulement dans leurs finances ; nous avons besoin de vous pour nous encourager, pour nous aider à garder foi, espérance et amour ». Et il a cité une « ligne de conduite » de la Cevaa élaborée lors de l'AG de Torre Pellice, en 2012 : « La Cevaa entend résister aux noouveaux modes d'aide sans entraide, de relations sans réciprocité (…) La Cevaa se présente comme un contre-modèle, une communauté de partage. » Pour le président de DM, c'est là « une formulation à laquelle je m'associe pleinement ».

Secaar : promouvoir une démarche holistique dans les actions de développement

Présentation du Secaar faite à l'AG 2014 de la Cevaa (cliquez ci-dessus pour télécharger le document en pdf)

Jean-Daniel Peterschmitt, trésorier du Secaar, est revenu sur les fondamentaux du Service chrétien d'appui à l'animation rurale avant de présenter longuement ses activités et son organisation actuelle. Il est issu, a-t-il rappelé, des activités d'un réseau de personnes au sein du Défap, actives dans le développement en lien avec des Eglises d'Afrique, et qui étaient confrontées à des questions communes. Et notamment au problème du décalage entre la réussite de projets de développement, et leurs retombées réelles au sein de la population. Exemple : quand des missions se traduisaient par un grand nombre d'actions engagées dans des projets de développement rural, qui permettaient d'augmenter les revenus de la population locale à travers la commercialisation des produits agricoles, pourquoi le nombre d'enfants traités pour malnutrition dans les hôpitaux voisins augmentait-il ? Des décalages qui avaient poussé les futurs initiateurs du Secaar à se poser la question de l'adéquation entre les objectifs de développement, et leurs retombées au sein des communautés rurales. Avec cette question fondamentale : comment traduire les valeurs évangéliques pour le bien-être effectif de ces communautés ?

Le Secaar, né en 1994, s'est constitué en une association regroupant à la fois des Eglises et des ONG. Il compte actuellement 18 membres ; il a son siège en Suisse, et son secrétariat à Lomé, au Togo. Il collabore de manière proche avec la Cevaa depuis les années 2009-2010, avec notamment la signature d'une convention et le financement de deux postes d'envoyés Cevaa pour assurer les fonctions de secrétaires exécutifs du Secaar.

Le Secaar veut promouvoir une démarche holistique dans les actions de développement, c'est-à-dire qui s'adresse à toutes les dimensions de l'être humain à la fois, du matériel au spirituel. Sa vision : que toute personne et toute création soit restaurée dans l'intégrité de leur être et de leurs relations. Le Secaar se conçoit comme un facilitateur au service de ses membres et partenaires ; il travaille à la fois dans la réflexion théologique et dans les activités pratiques de développement, dans l'accompagnement sur le terrain des Eglises et organisations partenaires.

La stratégie actuelle du Secaar s'oriente selon quatre axes :

- promouvoir une approche holistique des défis du développement dans les institutions de formation théologiques, pour une approche inclusive du développement
- renforcer les compétences et les capacités des membres du réseau (collaborateurs d'Eglise, pasteurs comme laïcs), par des offres de sessions de formation, des visites, des conseils, et en s'appuyant sur un réseau de consultants et de personnes ressources prêtes à partager leur expérience et leur savoir-faire
- partager les expériences, les ressources, les pratiques de solidarité entre les membres pour renforcer la cohésion du réseau et sa pertinence – ce qui s'est traduit par la mise en place de plateformes régionales (plateforme Bénin-Togo, plateforme de la République Démocratique du Congo, et à partir de mars 2015, une prochaine plateforme Cameroun-Tchad)
- capitaliser de manière systématique les expériences des uns et des autres sous une forme qui permette la conservation et la réutilisation de ces connaissances.

Le budget annuel du Secaar est d'environ 130 000 euros, et depuis deux ans, il a pris ds projets en régie depuis la Suisse pour environ 100 000 euros.

Ses grands chantiers :

  • améliorer la qualité des prestations
  • une plus grande participation des femmes
  • le renouvellement du matériel de formation
  • la diversification des sources de financement
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