Un nouveau souffle pour nos vies — Communauté d'Églises en mission

Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Cevaa - Communauté d'églises en mission

Un nouveau souffle pour nos vies

La Pentecôte est l’un des récits les plus bouleversants de la Bible. Avant d’être une fête chrétienne, elle est d’abord une fête juive : Shavouot, la fête des Semaines, célébrée cinquante jours après la Pâque — d’où son nom grec Pentêkostê, « cinquantième ».

Cette fête avait deux significations majeures :

Une fête agricole : on offrait à Dieu les premiers fruits de la récolte.

Une fête mémorielle : la tradition juive y voyait le souvenir du don de la Torah au Sinaï (Ex 19–20).

 

Chaque année, des milliers de Juifs montaient à Jérusalem pour célébrer cette fête. Jésus lui‑même l’a célébrée. Et c’est précisément ce jour-là que Dieu choisit pour accomplir une œuvre nouvelle.

 

Le récit

Les disciples sont réunis, comme nous aujourd’hui, dans un même lieu. Ils ne savent pas encore ce que Dieu va faire, mais ils sont là, ensemble, disponibles. Et soudain, tout bascule : un bruit, un souffle, un feu, une présence. L’Esprit de Dieu descend sur eux et les transforme. Ils se mettent à parler des langues qu’ils n’ont jamais apprises. Et miracle encore plus grand, les peuples venus de partout les comprennent dans leur propre langue.

 

Les contextes

La tradition chrétienne attribue le livre des Actes à Luc, compagnon de Paul, homme cultivé, probablement médecin, mais surtout théologien de la mission. Il n’est pas témoin direct de la Pentecôte : il recueille, organise et interprète les témoignages pour montrer l’action de l’Esprit dans l’histoire. Luc écrit un récit en deux volumes :

 

L’Évangile : ce que Jésus a fait et enseigné.

Les Actes : ce que l’Esprit fait à travers l’Église.

 

Le livre est rédigé vers 80–90 après Jésus‑Christ, dans un contexte où :

L’Église est en pleine expansion,

Les communautés sont mixtes, juives et païennes,

Les croyants sont dispersés, fragiles, souvent minoritaires.

Luc n’écrit pas seulement pour les croyants d’hier. Il écrit pour un peuple en marche, pour des communautés qui cherchent leur identité et leur mission. Ce récit parle de nous et à nous : il rejoint nos langues, nos cultures, nos fragilités. L’Esprit qui a soufflé hier souffle encore aujourd’hui sur l’Église.

 

 

Etude du texte

La Pentecôte dans Actes chp.2 n’est pas un événement isolé : elle est l’accomplissement d’une promesse. Ce qui arrive dans ce passage n’est pas une surprise, mais l’accomplissement d’une parole donnée, d’un engagement divin qui précède un événement. Jésus avait dit à ses disciples : « Vous recevrez une puissance, celle du Saint‑Esprit » (Ac 1,8).

Dans la Bible, Dieu agit toujours selon une logique de promesse. Dieu promet à Abraham qu’il fera de lui un grand peuple et un peuple appelé à porter la bénédiction naît (Genèse 12).  Il annonce qu’un Sauveur viendra et Jésus vient (Michée 5). Jésus promet l’Esprit, la Pentecôte arrive. Rien n’est donc improvisé.

Et même le moment choisi pour accomplir la promesse n’est pas laissé au hasard. Jérusalem était remplie de pèlerins venus de toutes les nations, parlant toutes les langues, porteurs de toutes les cultures et de tous les dialectes. La ville devient, l’espace d’un instant, un véritable carrefour du monde.

Pendant ce temps, les disciples sont là, rassemblés dans une même maison. Ils ont fermé les portes, mais surtout, ils ont fermé leurs cœurs : la peur les tient, l’avenir leur échappe, et l’absence de Jésus pèse comme un vide impossible à combler.

Et c’est précisément là, dans cette fragilité, dans cette vulnérabilité assumée, que l’Esprit descend. Sous le souffle de Dieu, la peur devient courage, le silence devient parole, l’enfermement devient mission. Ce qui les paralysait devient la matière même de leur témoignage. Ce qui les retenait devient ce qui les envoie. Avec eux s’ouvre désormais une nouvelle étape de l’histoire du Salut : celle de l’évangélisation de toute la terre.

Mais comment vivons‑nous l’effusion de l’Esprit Saint aujourd’hui ?

A Pentecôte, la parole donnée par l’Esprit est commune.

 

Dans l’Écriture, l’Esprit n’est jamais absent. A l’époque de l’Ancien Testament, l’Esprit descend parfois sur des individus (Moïse, David, Élie). Il accompagne le peuple au désert, inspire les prophètes, relève les juges, éclaire les rois.

 

A Pentecôte, il descend sur un peuple entier et non sur un individu. C’est un changement radical. Dieu ne forme plus des héros isolés, mais un corps, une communauté habitée par l’Esprit.

Dans nos vies, nous avons souvent tendance à avancer seuls ; nous vivons dans une culture où chacun parle pour soi, de soi et à soi. L’expérience personnelle prime sur la parole commune. Or, en Eglise, l’Esprit donne une parole commune, qui se partage, se discerne, se reçoit ensemble. Lorsque l’Église vit ainsi, lorsqu’elle écoute ensemble, lorsqu’elle avance ensemble, elle devient vraiment ce qu’elle est appelée à être : un signe de communion pour le monde.

 

Sur le parler en langues

Aujourd’hui encore, la question du Saint‑Esprit demeure un sujet de discernement et parfois de tension au sein des Églises. Les débats autour du parler en langues, de la prophétie ou des dons spirituels révèlent des sensibilités théologiques diverses, façonnées par des traditions, des contextes ecclésiaux et des expériences spirituelles contrastées.

 

Dans le monde gréco‑romain, le parler en langues existait déjà. Il relevait de la transe, de l’extase, d’une tentative de contact avec les divinités. Les phénomènes de glossolalie quant à eux étaient provoqués : on entrait en transe par des danses frénétiques, des rythmes de tambours, des chants répétitifs. Dans les religions à mystères (Dionysos, Cybèle, Isis..) les “langues” prononcées étaient souvent inarticulées, mystérieuses, réservées aux initiés, et sans contenu intelligible. Ces langues n’avaient pas vocation à être comprises : elles servaient surtout à montrer que la personne était “touchée” ou “possédée” par la divinité.

 

Ce que vivent les disciples n’a rien à voir avec ces pratiques. A Pentecôte, tout est à l’opposé. L’Esprit n’est pas provoqué, il est reçu. Les disciples ne perdent pas le contrôle ; ils parlent lucidement et les langues entendues étaient réelles, compréhensibles, porteuses d’un message.

Chers frères et sœurs, l’Esprit est donné pour édifier la communauté, pour créer de la compréhension, pour susciter la communion et orienter l’Église vers sa mission.  Le miracle du jour de la Pentecôte n’est pas la glossolalie, mais la communion. Ce n’est pas un miracle de bruit, mais un miracle de réception. L’Esprit ne crée pas de la confusion : il crée un peuple qui se comprend.

 

Le récit de Pentecôte n’est donc pas une simple page d’histoire. C’est une page vivante. La Pentecôte n’est pas seulement un événement à célébrer : c’est un style de vie, un souffle à laisser passer en nous, un chemin à emprunter chaque jour pour habiter autrement la vie et élargir notre regard.

 

L’Esprit a fait tomber les frontières, ouvert les langues, et relié les cultures en fondant l’Église qui parle au monde entier. Que cet Esprit-Saint nous remplisse, nous dirige et nous utilise pour connaître et faire connaître Jésus‑Christ autour de nous.

Amen.

 

 

 

Pentecost is one of the most moving accounts in the Bible. Before it became a Christian festival, it was first and foremost a Jewish festival: Shavuot, the Feast of Weeks, celebrated fifty days after Passover — hence its Greek name Pentêkostê, meaning ‘fiftieth’. This festival had two major significance:

 

An agricultural festival: the first fruits of the harvest were offered to God.

A commemorative festival: Jewish tradition saw it as a remembrance of the giving of the Torah on Mount Sinai (Ex 19–20).

 

Every year, thousands of Jews would make their way up to Jerusalem to celebrate this festival. Jesus himself celebrated it. And it was precisely on that day that God chose to accomplish a new work.

 

The account

The disciples are gathered together, just as we are today, in one place. They do not yet know what God is going to do, but they are there, together, ready. And suddenly, everything changes: a sound, a breath, a fire, a presence. The Spirit of God descends upon them and transforms them. They begin to speak in languages they have never learnt. And an even greater miracle: people from all over the world understand them in their own languages.

 

The contexts

Christian tradition attributes the Book of Acts to Luke, a companion of Paul, a learned man, probably a doctor, but above all a theologian of mission. He was not a direct witness to Pentecost: he gathered, organised and interpreted the testimonies to show the work of the Spirit in history. Luke wrote a two-volume account:

 

The Gospel: what Jesus did and taught.

The Acts: what the Spirit is doing through the Church.

 

The book was written around 80–90 AD, in a context where:

The Church was expanding rapidly,

The communities were mixed, comprising both Jews and Gentiles,

The believers were scattered, vulnerable, and often in the minority.

Luke is not writing solely for the believers of the past. He is writing for a people on the move, for communities seeking their identity and their mission. This account speaks of us and to us: it speaks to our languages, our cultures, our frailties. The Spirit who breathed upon the Church yesterday still breathes upon it today.

 

 

Text study

Pentecost in Acts chapter 2 is not an isolated event: it is the fulfilment of a promise. What happens in this passage is not a surprise, but the fulfilment of a word given, of a divine commitment that precedes an event. Jesus had said to his disciples: ‘You will receive power, the power of the Holy Spirit ’ (Acts 1:8).

In the Bible, God always acts according to a pattern of promise. God promises Abraham that he will make him into a great nation, and a people called to bring blessing comes into being (Genesis 12).  He announces that a Saviour will come, and Jesus comes (Micah 5). Jesus promises the Spirit, and Pentecost arrives. Nothing, therefore, is improvised.

 

And even the timing of the fulfilment of the promise was no accident. Jerusalem was filled with pilgrims from every nation, speaking every language, representing every culture and every dialect. For a moment, the city became a true crossroads of the world.

Meanwhile, the disciples are there, gathered together in the same house. They have shut the doors, but above all, they have shut their hearts: fear grips them, the future eludes them, and Jesus’ absence weighs upon them like a void impossible to fill.

And it is precisely there, in that fragility, in that accepted vulnerability, that the Spirit descends. Under God’s breath, fear becomes courage, silence becomes speech, confinement becomes mission. What paralysed them becomes the very substance of their witness. What held them back becomes what sends them forth. With them, a new stage in the history of salvation now begins: that of the evangelisation of the whole earth.

But how do we experience the outpouring of the Holy Spirit today?

-    At Pentecost, the word given by the Spirit is shared.

-       

In Scripture, the Spirit is never absent. In Old Testament times, the Spirit sometimes descended upon individuals (Moses, David, Elijah). He accompanied the people in the desert, inspired the prophets, raised up the judges, and enlightened the kings.

 

At Pentecost, the Spirit descends upon an entire people, not upon an individual. This is a radical change. God no longer forms isolated heroes, but a body, a community indwelt by the Spirit.

In our lives, we often tend to go it alone; we live in a culture where everyone speaks for themselves, about themselves and to themselves. Personal experience takes precedence over the common word. Yet, in the Church, the Spirit gives a common word, which is shared, discerned and received together. When the Church lives in this way, when it listens together, when it moves forward together, it truly becomes what it is called to be: a sign of communion for the world.

 

-    On speaking in tongues

Even today, the question of the Holy Spirit remains a subject of discernment and sometimes of tension within the Churches. Debates surrounding speaking in tongues, prophecy or spiritual gifts reveal diverse theological sensibilities, shaped by contrasting traditions, ecclesial contexts and spiritual experiences.

 

In the Greco-Roman world, speaking in tongues already existed. It was associated with trance, ecstasy, and an attempt to make contact with the deities. Phenomena of glossolalia, on the other hand, were induced: people were brought into a trance through frenzied dancing, drumbeats and repetitive chants. In the mystery religions (Dionysus, Cybele, Isis, etc.), the ‘tongues’ spoken were often inarticulate, mysterious, reserved for the initiated, and devoid of intelligible content. These tongues were not meant to be understood: they served above all to show that the person was ‘touched’ or ‘possessed’ by the deity.

 

What the disciples experienced has nothing to do with these practices. At Pentecost, everything is the opposite. The Spirit is not provoked; he is received. The disciples do not lose control; they speak lucidly, and the languages heard were real, comprehensible, and carried a message.

Dear brothers and sisters, the Spirit is given to build up the community, to foster understanding, to foster communion and to guide the Church towards its mission. The miracle of the day of Pentecost is not glossolalia, but communion. It is not a miracle of noise, but a miracle of reception. The Spirit does not create confusion: he creates a people who understand one another.

 

The account of Pentecost is therefore not merely a page in history. It is a living page. Pentecost is not just an event to be celebrated: it is a way of life, a breath to be allowed to flow through us, a path to be taken each day so that we may live life differently and broaden our horizons.

The Spirit has broken down barriers, opened tongues, and connected cultures by founding the Church that speaks to the whole world. May this Holy Spirit fill us, guide us and use us to know and make known Jesus Christ to those around us.

 

Amen.

Actions sur le document