Pâques, le premier jour d’un monde nouveau
Ce dimanche est un jour de fête pour les chrétiens, un jour de joie : on ne doit pas voir de visages tristes aujourd’hui. En effet, Pâques est la fête la plus importante de la foi chrétienne car elle célèbre la Résurrection de Jésus-Christ et symbolise la victoire de la vie sur la mort, et du bien sur le mal.
Elle est précédée par la Semaine sainte, qui correspond au temps de la Passion, inauguré par le dimanche des Rameaux, qui commémore l’entrée de Jésus à Jérusalem, et qui s’achève par le Vendredi saint, jour de la crucifixion.
À la différence de la Pâque juive, qui commémore la sortie d’Égypte du peuple d’Israël, sous la conduite de Moïse, Pâques s’inscrit dans une perspective spirituelle de salut et de vie nouvelle.
Tout commence le premier jour de la semaine. Ce jour n’est pas simplement le lendemain du sabbat : il marque le commencement d’un monde nouveau. Comme au premier jour de la Création, la lumière jaillit des ténèbres. Mais ici, il s’agit d’une création encore plus profonde : la victoire de la vie sur la mort, la naissance d’une espérance que rien ne pourra désormais éteindre. Le chrétien est celui qui vit déjà dans ce premier jour, dans ce temps nouveau inauguré par la Résurrection.
Selon la coutume du peuple maohi, lorsqu’une personne nouvelle – qu’il s’agisse d’un membre de la famille, d’une personnalité ou d’une autorité – arrive sur le fenua (la terre, le pays), nous lui offrons une couronne de fleurs que nous déposons autour de son cou. C’est notre façon d’accueillir, c’est l’expression de notre joie. Ainsi, c’est avec une couronne de fleurs que j’accueille le Christ ressuscité.
Une bonne nouvelle : le Christ est ressuscité. Alléluia !
Le récit s’ouvre dans l’obscurité. Les femmes sont les premiers témoins. Marie Madeleine se rend au tombeau alors qu’il fait encore sombre. Cette nuit n’est pas seulement extérieure : elle exprime aussi le désarroi, le deuil, la perte d’espérance après la mort de Jésus. Elle ne vient pas avec une foi triomphante, mais avec un cœur blessé. Et pourtant, c’est à elle que le mystère commence à se révéler.
Ce choix de Dieu est bouleversant. Dans une société où le témoignage des femmes avait peu de valeur, Dieu choisit précisément celles que l’on n’attendait pas. Il renverse nos logiques humaines. Il se révèle à ceux qui aiment, qui cherchent, qui demeurent fidèles. Marie ne comprend pas encore, mais elle est là. Et c’est cette fidélité dans la nuit qui la rend disponible à la lumière. C’est là, précisément, que commence la Résurrection.
Au tombeau, tout parle d’une absence pleine de sens. Le premier signe n’est pas une apparition, mais un vide. La pierre est enlevée, le tombeau est ouvert. Quelque chose a changé, même si Marie ne comprend pas encore. Le récit insiste sur des détails : les linges sont là, posés avec soin. Rien de spectaculaire, rien de violent. Tout évoque le calme, la maîtrise, la vie. Ce n’est pas un tombeau profané, mais un tombeau traversé par la vie. Dieu agit souvent ainsi dans nos vies : de manière discrète, déroutante, mais réelle.
Le récit s’organise autour d’un verbe : voir. Marie voit la pierre enlevée, mais elle conclut à un vol. Pierre entre dans le tombeau, voit les linges, mais reste au constat. L’autre disciple voit… et quelque chose bascule : il croit. Tous voient, mais tous ne voient pas de la même manière. Il y a une différence entre voir avec les yeux et voir avec le cœur.
« Il vit, et il crut. » Voilà le sommet du texte. Ce verset est central. Il n’y a encore ni apparition, ni parole de Jésus. Aucune preuve définitive. Et pourtant, la foi naît. Elle surgit dans cet espace fragile entre ce que je vois et ce que je comprends encore à peine.
Croire, ce n’est pas tout expliquer. Croire, c’est reconnaître la présence de Dieu même lorsqu’il semble absent. Croire, c’est accueillir un signe et se laisser transformer par lui.
À Maohi Nui, nous nous souvenons avec reconnaissance du travail acharné des premiers missionnaires de la Société des missions de Londres (LMS), arrivés le 5 mars 1797. Ils sont venus avec foi, avec courage, avec persévérance, pour annoncer la Parole de Dieu à un peuple qui ne connaissait pas encore le Christ. Ils ont travaillé dans l’épreuve, mais ils ont cru que Dieu ferait grandir cette semence.
Puis, en 1863, les missionnaires évangéliques de Paris (SMEP) ont pris le relai, poursuivant cette œuvre avec le même zèle, jusqu’au 1er septembre 1963, jour de la proclamation par le pasteur Boegner de l’autonomie de l’Église évangélique de Polynésie française, les dirigeants maohis ont repris le flambeau de la prédication de la Parole de Dieu à Maohi Nui.
Écoutons bien ceci : le peuple maohi n’a pas vu Jésus de ses yeux. Il n’a pas marché sur les routes de Galilée. Il n’a pas entendu directement sa voix. Et pourtant… il a vu. Oui, il a vu autrement. Il a vu à travers le témoignage fidèle des missionnaires. Il a vu dans leur vie transformée, dans leur persévérance, dans leur amour. Il a lu les Écritures. Et par cette Parole vivante, il a cru.
Voyez Marie, Pierre et le disciple bien-aimé. Eux ont vu Jésus. Ils ont été proches de lui. Ils ont écouté ses enseignements, partagé sa vie. Et pourtant, au matin de la Résurrection, devant le tombeau vide, ils sont encore troublés, encore hésitants. Ils voient… mais ils ne comprennent pas encore. Ils regardent… mais ils doivent encore apprendre à croire.
Je pense que les Églises membres de la Cevaa ont vécu la même situation avec peut-être d’autres pays, et d’autres missionnaires. Rendons gloire à Dieu.
Alors, qu’est-ce que cela nous enseigne ? Que voir ne suffit pas toujours pour croire. Et que croire ne dépend pas seulement de ce que nos yeux perçoivent. Car la vraie foi naît quand le cœur reconnaît ce que Dieu révèle.
Frères et sœurs, à Maohi Nui, Dieu a permis à un peuple de voir sans avoir vu, de croire sans avoir touché, de recevoir la vie par la Parole annoncée avec fidélité. Oui, le travail des missionnaires anglais et français n’a pas seulement apporté un message : il a ouvert les yeux de la foi. Et aujourd’hui encore, cette parole nous rejoint : « Heureux ceux qui n’ont pas vu, et qui ont cru. » Alors marchons, nous aussi, dans cette foi. Non pas parce que nous avons vu, mais parce que nous croyons. Et que notre vie, à notre tour, devienne un témoignage, afin que d’autres voient… et croient.
Et pourtant, le récit de Jean ne s’achève pas sur une certitude pleine et définitive. Il est écrit : « Ils n’avaient pas encore compris l’Écriture. » Même après avoir vu et cru, le chemin continue. Les disciples sont encore en marche. Leur foi est réelle, mais elle doit grandir. La foi n’est pas un point d’arrivée : elle est un chemin, une progression, une ouverture toujours renouvelée.
Aujourd’hui, chacun de nous peut se reconnaître dans ce récit. Parfois comme Marie, dans la nuit, cherchant sans comprendre. Parfois comme Pierre, regardant sans saisir. Parfois comme le disciple bien-aimé, pressentant déjà la foi. La vraie question n’est pas seulement : « Qu’est-ce que je vois ? » mais : « Est-ce que ce que je vois m’ouvre à croire ? »
Églises sœurs, communautés en mission, entendez et portez avec force le message de Pâques : Christ est ressuscité !
Sa Résurrection n’est pas seulement une vérité à croire, elle est un appel à vivre, à agir et à transformer le monde. Elle renverse nos peurs, brise nos enfermements et nous relève pour la mission. Là où la mort semblait triompher, Dieu fait jaillir la vie.
Aujourd’hui, nous ne pouvons pas rester silencieux. Nous sommes envoyés pour annoncer avec courage que l’espérance est vivante, que l’amour est plus fort que la haine, que la lumière du Christ éclaire même les ténèbres les plus profondes.
Églises de la Cevaa, levez-vous ! Soyez des témoins audacieux, des artisans de paix, des porteurs de vie. Que vos paroles et vos actes proclament que la Résurrection est à l’œuvre ici et maintenant, dans nos communautés et dans le monde.
Frères et sœurs, en ce premier jour, Dieu nous invite à entrer dans une vie nouvelle. Devant le tombeau vide, il ne nous donne pas tout, mais il nous donne assez pour croire.
Demandons aujourd’hui cette grâce : passer d’un regard extérieur à un regard intérieur, passer du constat à la foi, apprendre à voir… pour croire.
Christ est ressuscité : marchons dans la puissance de cette vie nouvelle.
Chers frères et sœurs en Christ, ia ora na,
Bonne fête de Pâques !
Easter, the first day of a new world
Message from Pastor Tehuiarii Pifao, President of the Cevaa
This Sunday is a day of celebration for Christians, a day of joy: there should be no sad faces today. Indeed, Easter is the most important festival of the Christian faith, for it celebrates the Resurrection of Jesus Christ and symbolises the victory of life over death, and of good over evil.
It is preceded by Holy Week, which corresponds to the Passion, beginning with Palm Sunday, which commemorates Jesus’ entry into Jerusalem, and ending with Good Friday, the day of the crucifixion.
Unlike the Jewish Passover, which commemorates the exodus of the people of Israel from Egypt under the leadership of Moses, Easter is rooted in a spiritual perspective of salvation and new life.
It all begins on the first day of the week. This day is not simply the day after the Sabbath: it marks the beginning of a new world. As on the first day of Creation, light bursts forth from the darkness. But here, it is a creation of an even deeper order: the victory of life over death, the birth of a hope that nothing can now extinguish. The Christian is one who already lives in this first day, in this new era inaugurated by the Resurrection.
According to the custom of the Maohi people, when a newcomer – be it a family member, a prominent figure or an authority – arrives on the fenua (the land, the country), we present them with a wreath of flowers which we place around their neck. This is our way of welcoming them; it is an expression of our joy. So, it is with a wreath of flowers that I welcome the risen Christ.
Good news: Christ is risen. Alleluia!
The story begins in darkness. The women are the first witnesses. Mary Magdalene goes to the tomb whilst it is still dark. This darkness is not merely external: it also expresses the confusion, the mourning, the loss of hope following Jesus’ death. She does not come with triumphant faith, but with a wounded heart. And yet, it is to her that the mystery begins to be revealed.
This choice of God is deeply moving. In a society where women’s testimony was of little value, God chose precisely those whom no one expected. He overturns our human logic. He reveals himself to those who love, who seek, who remain faithful. Mary does not yet understand, but she is there. And it is this faithfulness in the night that makes her open to the light. It is there, precisely, that the Resurrection begins.
At the tomb, everything speaks of a meaningful absence. The first sign is not an apparition, but an emptiness. The stone has been rolled away; the tomb is open. Something has changed, even if Mary does not yet understand. The account emphasises the details: the linen cloths are there, laid out with care. Nothing spectacular, nothing violent. Everything evokes calm, composure, life. This is not a desecrated tomb, but a tomb touched by life. God often acts in this way in our lives: discreetly, puzzlingly, yet truly.
The account revolves around a verb: to see. Mary sees the stone removed, but concludes it must have been stolen. Peter enters the tomb, sees the linen cloths, but stops at that observation. The other disciple sees… and something shifts: he believes. Everyone sees, but not everyone sees in the same way. There is a difference between seeing with the eyes and seeing with the heart.
‘He saw, and he believed.’ This is the climax of the text. This verse is central. There is still no apparition, no word from Jesus. No definitive proof. And yet, faith is born. It springs up in that fragile space between what I see and what I still barely understand.
To believe is not to explain everything. To believe is to recognise God’s presence even when he seems absent. To believe is to welcome a sign and allow oneself to be transformed by it.
In Maohi Nui, we remember with gratitude the tireless work of the first missionaries from the London Missionary Society (LMS), who arrived on 5 March 1797. They came with faith, courage and perseverance to proclaim the Word of God to a people who did not yet know Christ. They laboured through trials, yet they believed that God would cause this seed to grow.
Then, in 1863, the Paris Evangelical Missionaries (SMEP) took over, continuing this work with the same zeal, until 1 September 1963, the day on which Pastor Boegner proclaimed the autonomy of the Evangelical Church of French Polynesia, the Maohi leaders took up the torch of preaching the Word of God in Maohi Nui.
Let us listen carefully to this: the Maohi people did not see Jesus with their own eyes. They did not walk the roads of Galilee. They did not hear his voice directly. And yet… they saw. Yes, they saw in a different way. They saw through the faithful witness of the missionaries. They saw it in their transformed lives, in their perseverance, in their love. They read the Scriptures. And through this living Word, they believed.
Consider Mary, Peter and the Beloved Disciple. They saw Jesus. They were close to him. They listened to his teachings and shared his life. And yet, on the morning of the Resurrection, standing before the empty tomb, they were still confused, still hesitant. They saw… but they did not yet understand. They looked… but they still had to learn to believe.
I believe that the member churches of the CEVAA have experienced the same situation, perhaps with other countries and other missionaries. Let us give glory to God.
So, what does this teach us? That seeing is not always enough to believe. And that believing does not depend solely on what our eyes perceive. For true faith is born when the heart recognises what God reveals.
Brothers and sisters, in Maohi Nui, God enabled a people to see without having seen, to believe without having touched, to receive life through the Word faithfully proclaimed. Yes, the work of the English and French missionaries did not merely bring a message: it opened the eyes of faith. And even today, these words still ring true: ‘Blessed are those who have not seen, and yet have believed.’ So let us, too, walk in this faith. Not because we have seen, but because we believe. And may our lives, in turn, become a testimony, so that others may see… and believe.
And yet, John’s account does not end with complete and definitive certainty. It is written: ‘They did not yet understand the Scripture.’ Even after seeing and believing, the journey continues. The disciples are still on their way. Their faith is real, but it must grow. Faith is not a destination: it is a journey, a process of growth, an ever-renewed openness.
Today, each of us can recognise ourselves in this story. Sometimes like Mary, in the night, searching without understanding. Sometimes like Peter, looking without grasping. Sometimes like the Beloved Disciple, already sensing the faith. The real question is not merely: ‘What do I see?’ but: ‘Does what I see open me up to believe? ”
Sister churches, communities on mission, hear and proclaim with conviction the message of Easter: Christ is risen!
His Resurrection is not merely a truth to be believed; it is a call to live, to act and to transform the world. It overturns our fears, breaks down our barriers and raises us up for the mission. Where death seemed to triumph, God brings forth life.
Today, we cannot remain silent. We are sent to proclaim with courage that hope is alive, that love is stronger than hatred, that the light of Christ shines even in the deepest darkness.
Churches of the CEVAA, rise up! Be bold witnesses, peacemakers, bearers of life. May your words and deeds proclaim that the Resurrection is at work here and now, in our communities and in the world.
Brothers and sisters, on this first day, God invites us to enter into a new life. Before the empty tomb, he does not give us everything, but he gives us enough to believe.
Let us ask for this grace today: to move from an outward gaze to an inward gaze, from observation to faith, to learn to see… so that we may believe.
Christ is risen: let us walk in the power of this new life.
Dear brothers and sisters in Christ, ia ora na,
Happy Easter!
