Francesca Kanaké NYIPI : agir pour témoigner — Communauté d'Églises en mission

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Francesca Kanaké NYIPI : agir pour témoigner

Francesca est déléguée de l'EPKNC (Eglise Protestante de Kanaky Nouvelle-Calédonie)
et membre du Conseil exécutif de la Cevaa, représentant la région Pacifique et Amérique Latine. Elle a assisté à son premier Conseil, qui a eu lieu à Sète en France du 4 au 10 avril 2022. Elue pour 4 ans par l’Assemblée Générale de 2021, elle découvre cette instance et s’inscrit dans la nouvelle équipe pour faire vivre la Communauté d’Eglises.

 

Francesca, peux-tu te présenter et nous dire le rôle que tu occupes dans ta communauté ?
Je suis originaire de l’île de Lifou, épouse de diacre et engagée en tant qu’animatrice régionale de ma région (Lifou), mais je participe aussi aux grands rassemblements des animatrices nationales, qui ont lieu chaque année au mois d’octobre.
Ils permettent de réunir toutes les femmes de l’EPKNC venant des différentes régions :  Grande Terre, Maré, Lifou, Ouvéa et Tiga. Plus de 300 « Mamans » se retrouvent et les jeunes nous rejoignent également. Elles partagent les mêmes activités que nous : animations bibliques et interventions sur des thématiques spécifiques, comme les maladies, l’alcool ou les gestes de premiers secours…
Quand je dis que je suis animatrice, cela consiste à « animer les groupes de Mamans, que ce soit par le sport ou la danse mais aussi dans les réunions, pour maintenir l’attention. Nous occupons aussi un rôle de « modératrice(s) » lors des rassemblements.
Le volet organisation est également très présent car les activités sont nombreuses : artisanat local, couture, confection de chapeaux et de couronnes, mais aussi de sacs, nous occupent beaucoup. Nous fabriquons cela pour le vendre sur le marché. Les recettes sont reversées à l’EPKNC ; elles financent les déplacements liés à nos réunions car il faut souvent se rendre dans les autres îles. Nous avons également pu acheter du matériel pour la maison de l’Eglise de Lifou, et aussi deux ordinateurs pour l’école pastorale de Béthanie…

Y a-t-il une décision qui t’a particulièrement touchée ?
J’ai apprécié les orientations prises en faveur de l’environnement. Sur ces questions, nous sommes très actifs ici. Par exemple, quand il y a un incendie, nous allons tout de suite replanter. Bien sûr, il y a des programmes, mais c’est surtout l’initiative libre qui prend les devants. Tout le monde peut intervenir, il suffit d’aller chercher quelques pousses et de les intégrer au sol, parfois même juste à partir des graines. Comme les Mamans aiment faire les jardins, on cultive beaucoup ; donc il n’y a pas de souci au niveau de la gestion de la nature. On fait une rotation des cultures et quand la nature nous l’indique, elle reprend sa place.
Dans notre programme, il y a aussi l’organisation d’échanges culinaires où nous partageons les savoir-faire et les bonnes astuces. Le jardin est donc inséré dans cette chaîne. Et puis, moi, ce que j’aime, c’est l’action.
Au fond, on préserve la nature car c’est elle qui nous nourrit, en forêt comme en mer. L’océan, c’est notre ressource principale. L’Eglise a soutenu les actions de la commune, entre autres pour la mise en place des services de gestion des déchets. On n’hésite pas à interpeler les élus de la commune quand il y a besoin d’intervenants lors de nos assemblées, et ils viennent à chaque fois.

 

 

Comment te sens-tu ici ?
A vrai dire, je suis un peu déboussolée. Je découvre un environnement de travail qui me semble très vaste et j’ai le sentiment que les sujets traités lors des instances de la Cevaa sont complexes.
Je savais que ça allait être très prenant car, lors du Conseil exécutif en Nouvelle-Calédonie, il y avait déjà ces grandes réunions. Pour l’élection, je croyais que seuls les pasteurs venaient, mais j’ai compris ensuite que les laïcs aussi devaient être là. A mon sens, les pasteurs ont plus d’expérience, mais je comprends aussi le besoin de représenter l’ensemble de la Communauté composée de pasteurs et de laïcs.
Malgré tout, je suis heureuse d’être là. Je vais découvrir en profondeur la Cevaa et, quand je rentrerai chez moi, je pourrai mieux informer les autres. L’animation théologique faite localement nous mettait déjà en lien avec cette partie de la Cevaa, mais je vais maintenant pouvoir témoigner de son organisation et de son action au niveau global. Je compte bien faire un rapport oral et partager mon expérience. Là-bas au pays, ils suivent les informations sur le site de la Cevaa et je sais qu’en ce moment même ils travaillent sur le Programme Missionnaire.
Nous travaillons encore sur le thème « Familles, Evangile et cultures dans un monde en mutation ». Cela a un peu bousculé l’ancienne génération. Mais nous avons pu faire des études bibliques et maintenant les Mamans sont bien intégrées aux réflexions. Les jeunes et les moins jeunes sont ensemble. Le travail avec le pôle animation biblique permet de rassurer tout le monde quant aux évolutions portées par l’Eglise.

Quel sera le prochain défi de ton Eglise ?
Il y a un défi particulier pour notre Eglise, qui consiste à amener encore plus de Mamans, mais aussi des jeunes, vers nous. Nous voulons leur proposer des repères et leur permettre d’accéder à des formations car il y a un avenir pour elles et eux dans l’Eglise. Mais il faut être actif, il faut prendre à bras-le-corps les problèmes qui peuplent notre quotidien : l’alcool, les jeux d’argent, la drogue, les enfants livrés à eux-mêmes et sans repère pour grandir. Face à tous ces risques, en tant qu’Eglise, nous voulons aider les gens à mieux vivre, à ne pas être esclaves de ces addictions.

 

Les membres du Conseil présents lors du Conseil exécutif d'octobre 2022 à Sète (France) - Crédit : Cécile Richter

 

Qu’est-ce que tu attends de la Cevaa pour ton Eglise ?
Nous sommes Eglise universelle. Nous ne côtoyons pas la violence et la guerre et, même si l’alcool trouble nos vies, nous ne sommes pas à plaindre. Mais notre Eglise a besoin de soutien pour mener nos actions sur le terrain, mais aussi pour nous sentir ensemble. Nous pouvons facilement être à l’écart. On ne nous voit même pas sur la carte du monde !

Et qu’est-ce que ton Eglise peut apporter ?
Un témoignage de vie.
Nous sommes invités aux cultes des pentecôtistes et des catholiques ; nous sommes une Eglise où l’œcuménisme est presque naturel. Avant, on s’attardait sur les différences ; mais aujourd’hui, on perçoit l’essentiel. Il faut profiter de la vie, des échanges et des rencontres qu’elle permet, pour aimer son prochain comme soi-même, et arrêter de faire des problèmes. Le vivre-ensemble est une priorité pour nous. L’espace est restreint ; alors, il faut s’entendre. C’est là le message que nous pouvons porter.

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