Dimanche des Rameaux 2026 — Communauté d'Églises en mission

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Dimanche des Rameaux 2026

Ce dimanche est celui qui précède Pâques et qui nous mène dans le temps de la passion appelé semaine sainte. Dans le calendrier liturgique chrétien, ce dimanche est celui dit « des Rameaux ».

La fête des Rameaux remonte très tôt dans l’histoire chrétienne et est célébré en mémoire d’un événement très précis raconté dans les Évangiles : l’entrée de Jésus à Jérusalem, quelques jours avant sa Passion.

Dans la culture hébraïque et dans la Bible, un rameau est une branche verte, souvent jeune, souple et porteuse de vie. Il existe plusieurs sortes de rameaux : de palmier, d’olivier, de myrte, de cèdre. Il a une forte valeur symbolique, à la fois religieuse, culturelle et politique. Agiter des rameaux ou les déposer sur le chemin était une manière d’honorer quelqu’un, d’accueillir un roi ou un personnage important, de manifester la joie du peuple.

Le rameau peut aussi évoquer la mort, le deuil ou le passage vers l’au-delà. A l’époque de la Grèce antique, des rameaux d’olivier ou de laurier accompagnaient parfois les rites funéraires. Le rameau peut donc être un pont entre la vie et la mort, un signe de passage.

Dans le récit de Mathieu (21, 1-11), le rameau n’est pas seulement un détail décoratif de l’entrée de Jésus à Jérusalem. Il porte un symbolisme théologique fort. Matthieu est l’évangéliste qui insiste le plus sur l’accomplissement des prophéties. Les rameaux deviennent chez lui, un signe visible que les promesses de Dieu s’accomplissent.

Une célébration qui s’est développée au fil des siècles

La célébration des Rameaux en commémoration de Christ a son origine ancrée à Jérusalem. Elle a évolué différemment selon les régions et les traditions :

A Jérusalem, vers le IVème siècle, les chrétiens ont commencé à marcher en une grande procession depuis le Mont des Oliviers jusqu’à la ville, pour revivre l’entrée de Jésus. Les pèlerins portaient de vraies palmes, et la participation était immense.
En Occident, la procession apparaît au haut Moyen Âge. Elle se déroule souvent à l’extérieur, parfois dans les villages, avec les rameaux disponibles localement. Les fidèles gardent ensuite leurs rameaux pour protéger et bénir leurs maisons.
À Rome, la liturgie était très sobre, il n’y avait pas de procession. Ce n’est que plus tard, sous l’influence de l’Orient et des Francs, que Rome adopte la procession et finit par unifier les pratiques occidentales avec la bénédiction des rameaux suivie de la marche vers l’église.

La position des protestants

La procession des Rameaux, très chargée symboliquement et souvent associée à des pratiques populaires, a été réinterprétée différemment selon les familles protestantes.

-Martin Luther

-Jean Calvin

-L’anglicanisme et le méthodisme

De nos jours, plusieurs familles d’Églises protestantes célèbrent à nouveau la fête des Rameaux pour sa valeur symbolique. Dans certaines communautés évangéliques, on observe des réappropriations significatives : distribution de rameaux (non bénis), participation à des processions œcuméniques dans la ville, ou encore lectures publiques de l’Évangile de l’entrée à Jérusalem.

La célébration reste toutefois sobre, fidèle à l’esprit de la Réforme : elle demeure centrée sur la Parole, sur l’écoute de l’Évangile et sur la proclamation du Christ humble et serviteur.

L’entrée triomphale de Jésus

Cet épisode est l’un des rares à être rapporté par les quatre Évangiles canoniques : Matthieu (21, 1‑11), Marc (11, 1‑10), Luc (19, 28‑40) et Jean (12, 12‑15). Cela souligne son importance fondamentale dans la mémoire des premières communautés chrétiennes.

Selon les récits évangéliques, Jésus entre dans Jérusalem monté sur un ânon. Nous pouvons lire dans la TOB, « ils amenèrent l’ânesse et l’ânon ; puis ils disposèrent sur eux leurs vêtements et Jésus s’assit dessus » (v.7).

Chaque évangéliste raconte l’épisode avec ses particularités. Matthieu mentionne un ânon et une ânesse, tandis que Marc et Luc ne parlent que d’un ânon. Cette différence n’enlève rien à l’événement lui‑même.

Dans la poésie hébraïque, on utilise souvent des parallélismes, c’est‑à‑dire des expressions différentes pour dire une seule et même réalité : « un âne », « un ânon », « le petit d’une ânesse ». Contrairement à la poésie occidentale, qui repose sur les rimes, les mètres ou les strophes, la poésie hébraïque s’appuie surtout sur ce procédé littéraire fondamental : répéter une idée en la reformulant pour lui donner plus de force.

Ce style poétique, très présent dans les Prophètes et les Psaumes, a probablement influencé la rédaction de Matthieu. En reprenant les deux expressions de Zacharie « un âne » et « un ânon, le petit d’une ânesse », Matthieu ne cherche pas à décrire deux montures distinctes, mais à rester fidèle au langage et au rythme de la prophétie, afin de montrer que Jésus accomplit pleinement l’Écriture : « Voici ton roi qui vient à toi… humble, monté sur un âne, sur un ânon, le petit d’une ânesse. »

D’ailleurs, Jésus aurait‑il pu s’asseoir sur deux animaux à la fois ? Non, bien sûr. Personne ne monte deux bêtes simultanément. Le texte dit simplement qu’on amena l’ânesse et l’ânon, et que Jésus « s’assit dessus ». L’ânon étant jeune, il est naturel qu’il reste proche de sa mère ; c’est pourquoi les deux animaux sont conduits ensemble. Les mots grecs utilisés ne signifient pas que Jésus s’assoit sur deux animaux, mais plutôt sur les manteaux déposés sur l’ânon, qui est la monture réelle.

La foule reconnait Jésus comme le roi

Dans la suite du texte, la foule l’accueille comme un roi de paix. Les gens (les pèlerins venus pour la Pâque) coupent des branches d’arbres, et les agitent ou les déposent sur le chemin. Ils crient : « Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! ».

En criant « Hosanna au fils de David », la foule reconnaît en Jésus le descendant royal attendu, le Messie promis. Elle l’acclame aussi avec les mots du salut elle lui demande de la sauver. Ce cri concentre en un seul mot toute l’espérance messianique chrétienne.

À l’époque de Jésus, Hosanna n’est plus seulement une supplication. Il devient aussi un cri d’acclamation adressé à celui que l’on reconnaît comme envoyé de Dieu.

Hosanna vient de l’hébreu Hoshia na qui signifie « Sauve-nous donc ! » ou « Sauve, je t’en prie ! ». Il est extrait du Psaume 118 (verset 25) ; c’est un Psaume de louange et d’action de grâce utilisé lors des grandes fêtes juives, notamment la fête de Souccot (la fête des Tentes) où les fidèles processionnaient en agitant des rameaux. Très tôt, les chrétiens reprennent ce mot dans leurs célébrations, car il exprime à la fois la supplication et la louange. C’est l’un des rares mots hébreux conservés tels quels dans toutes les liturgies chrétiennes, avec Amen et Alleluia.

Dans un monde marqué par les guerres, les migrations forcées, les violences politiques, les injustices économiques, les catastrophes climatiques, le mot Hosanna doit devenir le cri de tous et de toutes. Hosanna est un mot pour aujourd’hui, un mot pour notre monde blessé mais espérant.

Mais quelles leçons la fête des Rameaux nous donne-t-elle aujourd’hui ?

L’entrée de Jésus à Jérusalem n’est pas seulement un souvenir du passé. Elle porte des messages profondément actuels pour nos vies, nos communautés et notre monde.

Jésus entre dans la ville sur un ânon, non sur un cheval de guerre. Il refuse la logique de puissance, de violence ou de prestige.

Pour beaucoup de protestants aujourd’hui, les rameaux ne sont pas des objets sacrés, mais des signes d’accueil, de joie, d’espérance, et parfois de recommencement. Ils rappellent que Jésus entre dans nos vies sans imposer sa force, mais en offrant sa paix.

Ainsi, même dans la simplicité des liturgies protestantes, la fête des Rameaux garde toute sa force symbolique : elle ouvre la Semaine sainte en nous invitant à marcher derrière le Christ, non dans le triomphe, mais dans l’humilité et la confiance.

Un appel à la simplicité et au service

Dans la tradition juive, l’âne symbolise l’humilité et la paix, à l’opposé du cheval, emblème de la domination militaire. Là où les conquérants romains entraient à cheval, en cuirasse, Jésus entre sur un âne, en paix. Ce n’est pas un roi à la manière du monde : c’est un Messie qui vient non pour dominer, mais pour servir et sauver.

Aujourd’hui, choisir la simplicité plutôt que l’apparence, servir plutôt que se faire servir, exercer l’autorité comme un service et non comme un pouvoir est difficile pour l’être humain.

La simplicité heurte notre désir de reconnaissance. Nous aimons être vus, appréciés, valorisés. Choisir la simplicité, c’est accepter de ne pas briller, de ne pas être au centre. Cela demande une force intérieure que nous n’avons pas toujours. Spontanément, l’être humain cherche son confort, son intérêt, sa sécurité, le pouvoir, la supériorité, la domination.

La fête des Rameaux nous rappelle que Jésus ne demande jamais quelque chose qu’il n’a pas vécu lui-même. Il choisit l’ânon, non le cheval. Il entre dans la ville sans armes, sans prestige. Il avance vers la croix, non vers un trône terrestre. Il exerce une autorité qui relève, qui guérit, qui libère.

Un message pour notre communauté

Chers frères et sœurs, Nous sommes une communauté de croyants en chemin. Une communauté qui se cherche encore, qui avance parfois avec hésitation, mais qui porte en elle un immense potentiel de vie. L’entrée de Jésus à Jérusalem nous rejoint précisément là où nous sommes, dans ce moment où tout reste à construire, où tout peut encore naître.

Aujourd’hui, nous sommes invités à accueillir ce Christ humble qui marche à notre rythme. Il ne nous demande pas d’être parfaits, mais d’être disponibles. Il ne nous demande pas d’être forts, mais d’être vrais. Il ne nous demande pas d’être nombreux, mais d’être unis.

Construire une communauté, c’est apprendre à se servir les uns les autres, à écouter avant de parler, à accueillir avant de juger. C’est avancer ensemble, même lentement. C’est laisser le Christ être au centre, et non nos préférences, nos susceptibilités ou nos peurs. Ce chemin n’est pas facile. L’être humain peut passer très vite de l’enthousiasme au rejet lorsque son intérêt n’est plus en jeu.

Les rameaux sont le symbole de l’accueil du Christ, de la joie messianique, mais aussi de l’ambiguïté humaine : la même foule qui acclame Jésus le dimanche peut le rejeter quelques jours plus tard. Dieu connaît cette fragilité, et pourtant il nous accueille. Jésus entre à Jérusalem en sachant que la foule va le trahir. Et pourtant, il avance, par amour.

Chaque jour, ouvrons un espace pour le Christ : dans nos décisions, nos relations, nos engagements. La prière et l’écoute de sa Parole sont les portes par lesquelles il entre dans nos vies.

Que cette fête des Rameaux nous aide à devenir une communauté qui ouvre un chemin pour le Christ, une communauté qui accueille sa paix, qui marche à sa suite, et qui laisse son humilité transformer nos manières de vivre ensemble.

Pasteur Omer Gb. DAGAN

Secrétaire exécutif de la Cevaa

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