Lectures estivales : lettres de Tananarive — Communauté d'Églises en mission

Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Cevaa - Communauté d'églises en mission

Lectures estivales : lettres de Tananarive

À travers cet ouvrage, Lettres de Tananarive - Jean Beigbeder à son père, 1924-1927, on retrouve vivant le témoignage d’un responsable de mouvement de jeunesse, fondateur du scoutisme à Madagascar dans les années 1920 : Jean Beigbeder, Z’oeil de chouette pour les éclaireurs ou Rabeigy pour des Malgaches, qui a marqué à la fois plusieurs générations de Malgaches et de Français.

Panorama de Tananarive dans les années 1920 à 1950 © Bibliothèque du Défap

 

«Je serais tenté de dire qu’il faudrait que beaucoup de Français se mettent à la disposition des sociétés de missions étrangères pour cette tâche d’enseignement ; c’est ainsi que les prochaines générations malgaches seraient élevées à la française et non plus à l’anglaise ; et alors les mauvaises langues ne pourraient plus clamer partout que : qui dit protestant, dit étranger.» (Jean Beigbeder)

De Tananarive, où il dirige, de 1924 à 1927, le «Foyer», une section des Unions chrétiennes de jeunes gens (UCJG), Jean Beigbeder écrit à son père en France. Ces 132 lettres constituent l'intégralité de cette correspondance envoyée par celui que l'on surnommait Z’oeil de chouette chez les éclaireurs ou Rabeigy chez les Malgaches, qui a marqué à la fois plusieurs générations de Malgaches et de Français. Ce protestant béarnais, docteur en droit, convaincu des vertus du scoutisme dans la formation du citoyen, évoque son travail, sa vie quotidienne ainsi que les nouvelles venues de France. Tout comme lui, sa femme Odette Meyer a une solide expérience des mouvements de jeunesse. Ses lettres rendent également compte du fonctionnement des réseaux protestants en France et à l'étranger.

Le Foyer, et la tentative de créer un «espace franco-malgache»

On découvre à travers cette correspondance la convivialité des envoyés de la Mission protestante française ainsi que la vigueur du protestantisme dans une ville qui s’est approprié le christianisme. Le récit de ses voyages en Imerina, et dans des contrées plus lointaines, contribue à la richesse de cette correspondance, à la croisée de l’individuel et du social.

L'intérêt des lettres vient également de ce qu'elles disent du moment colonial dans une capitale où les Vazaha, les Européens, doivent prendre leurs marques, alors même que les Malgaches subissent la discrimination. Les années 1924-1926 d'embellie économique sont aussi celles de la montée de la contestation anticoloniale, s'exprimant d'abord dans la revendication de l'égalité. Dans ce contexte, l'expérience du Foyer paraît exceptionnelle. De fait, Jean Beigbeder est un médiateur culturel. Il cherche à faire du Foyer un «espace franco-malgache», avec la possibilité pour des «jeunes» de différents âges, bridés dans leurs aspirations, d'accéder à la culture européenne, tout en participant à la valorisation de la leur propre. Sans remettre en cause la colonisation, il se découvre un réel attachement pour Madagascar et sa culture – il évoque ainsi dans ses lettres son apprentissage du malgache et les pratiques qui fondent le fihavanana (liens de parenté) ; son épouse et lui-même se lient d’amitié avec de jeunes Malgaches.


Lettres de Tananarive - Jean Beigbeder à son père

Auteur : LOMBARD, CLAIRE-LISE ; RAJAONAH, FARANIRINA
Éditeur : HEMISPHERES ISBN : 9782377010417
Date de parution : 16/07/2019
 
Actions sur le document