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Église vaudoise : un anniversaire pour faire le point sur la liberté religieuse en Italie

Pour les Vaudois italiens, la date du 17 février, marquant la «Fête des libertés», est traditionnellement l'occasion de feux de joie et de cultes solennels. Ils perpétuent le souvenir de la lettre patente accordée en 1848 par le roi Charles Albert, qui reconnaissait à ses sujets non-catholiques le droit de suivre des études supérieures et de pratiquer des professions libérales. Mais cette année 2018 est particulière : elle coïncide avec les 70 ans des lois raciales fascistes, qui avaient marqué un terrible recul des libertés, et avec les 80 ans de la Constitution de 1948. L'Église vaudoise de Turin compte saisir cette occasion pour appeler les citoyens italiens à réfléchir sur la nécessité de défendre la liberté, notamment religieuse, dans une période qualifiée «d'hibernation des consciences».
Feu de joie allumé par les Vaudois le 17 février © Chiesa Evangelica Valdese de Italia

Lorsque le roi Charles Albert, en 1848, signa la lettre patente qui libérait les Vaudois des entraves sociales et politiques qui pesaient sur eux, la nouvelle s'en répandit, littéralement, comme une traînée de poudre, sous la forme de grands feux allumés les uns après les autres. Le pasteur vaudois de Turin décida d'envoyer deux membres de l'Église à Pignerol (en italien : Pinerolo, commune au sud-ouest de l'agglomération turinoise) et dans les vallées vaudoises, à Val Pellice, Val Chisone et Germanasca, pour informer toute la population vaudoise. L'événement était attendu, la réaction fut prompte : les foyers qui furent allumés dans toutes les vallées vaudoises étaient non seulement une manifestation de joie... mais surtout le moyen de communication le plus rapide avec les villages voisins. C'était en février 1848 ; les Vaudois avaient enfin le droit d'exercer leur culte, de suivre des études supérieures, de pratiquer des professions libérales ; peu de temps après, le 29 mars, la même liberté devait être reconnue aux Juifs. Depuis lors, la tradition de ces feux s'est perpétuée au sein de l'Église vaudoise d'Italie, qui célèbre la «Fête des libertés» chaque 17 février. L'événement donne aussi lieu à des cortèges et des cultes solennels.

Mais le roi Charles Albert ne fut pas exempt de contradictions et de revirements ; avant la signature de cet édit de tolérance, il avait réprimé les mouvements révolutionnaires et libéraux, maintenant aussi la politique de ses prédécesseurs en matière de liberté religieuse : des ghettos pour les Juifs et des interdictions strictes pour les Vaudois. De même, l'histoire de l'Italie a pu par la suite balbutier. Des contradictions et des hésitations de l'histoire qui se retrouvent réunies de façon frappante en cette année 2018, qui marque les 70 ans des lois raciales fascistes, visant en priorité la communauté juive, et les 80 ans de la Constitution de la République italienne de 1948. Alors que certains chez les Vaudois qualifient la période actuelle «d'hibernation des consciences», l'actuel pasteur vaudois de Turin, Paolo Ribet, souligne l'importance de ces enseignements de l'histoire qui «montrent combien, en Italie, la liberté religieuse est faible et fragile. C'est une liberté qui doit être défendue et promue à chaque occasion. Heureusement, dans les années trente, il n'y a pas eu de nouvelles persécutions contre les Vaudois, comme ce fut le cas pour les Juifs. Cependant, d'autres communautés évangéliques ont connu des moments difficiles, tels que les pentecôtistes.»

A quand une loi-cadre pour la liberté religieuse en Italie ?

Pour aller plus loin :

Voilà pourquoi, cette année, les célébrations du 17 février doivent avoir pour les Vaudois un retentissement particulier. L'Église vaudoise de Turin et la communauté juive s'associent, pour la deuxième année consécutive, pour organiser le soir du samedi 17 février, un feu de joie sur la place Castello. Ce sera une soirée de fête avec des chansons et des messages de divers membres de la ville et de la région, pour appeler les citoyens à réfléchir sur la nécessité de défendre la liberté de conscience et les droits de tous les citoyens. L'occasion de rappeler que depuis plus de vingt ans une nouvelle loi sur la liberté religieuse a été déposée au Parlement, et n'est pas encore parvenue à voir le jour. L'occasion, aussi, de souligner tous les dangers d'un contexte italien propice aujourd'hui aux affirmations identitaires et à la recherche d'un ennemi à combattre, un "Autre" à détester - particulièrement sur le plan religieux.

Tous ces thèmes se retrouvent dans la conférence organisée le vendredi 16 à l'Auditorium Vivaldi de la Bibliothèque Universitaire Nationale, intitulée : Religion et démocratie - 170 ans de Statut Albertin, 80 ans de lois raciales. La première partie de la matinée est consacrée avant tout au contexte historique, sous le titre : De la monarchie absolue à la monarchie constitutionnelle: un pas vers la liberté ? D'éminents historiens ont été mis à contribution pour brosser un tableau des événements de cette année cruciale que fut 1848. La deuxième partie, intitulée: Liberté de culte: une loi jamais née, présente l'état de la santé de la liberté religieuse aujourd'hui en Italie.

Comme le souligne le pasteur Paolo Ribet, les feux de la «Fête des libertés» et les manifestations qui les accompagnent, particulièrement en cette année de mémoire, «nous invitent à nous engager, à tout moment, dans les luttes pour les libertés, comme dans le passé. La liberté doit être conquise jour après jour. L'appel autour des feux de joie représente un travail de mémoire, mais il marque aussi un désir de regarder vers l'avenir. Nous voulons lancer un appel à travers nos feux de joie à tous les citoyens qui croient en la liberté et toutes les religions qui demandent un pas de plus vers la civilisation - ce pas que représenterait l'avènement, le plus rapidement possible, d'une loi-cadre pour la liberté religieuse en Italie».

 

Retrouvez ci-dessous un reportage (en italien) diffusé sur le site de la CEVI (Chiesa Evangelica Valdese de Italia) et revenant sur cette tradition des feux du 17 février :

 

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