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Togo : les Églises au secours du dialogue politique

Illustration du rôle de médiation joué par les Églises sur la scène politique togolaise, l'appel pressant lancé par l'Église évangélique presbytérienne, l'Église méthodiste et l'Église catholique en faveur de réformes a produit de nombreuses réactions, tant au sein des formations togolaises que parmi les partenaires étrangers. Le débat se focalise autour d'un texte qui devrait offrir un cadre plus équitable pour la présidentielle de 2015, et se retrouve bloqué. Les Églises protestantes togolaises sont engagées dans le PAOET, un programme d'Accompagnement Œcuménique soutenu par la Cevaa, qui vise à apaiser une situation politique marquée par des tensions récurrentes.

FICHE PAYS
Le point sur le Togo

>> Togo : les Églises au cœur de la vie de la cité <<
>> L'appel commun des Églises pour les réformes au Togo <<

Comlan Prosper Deh, Accompagnateur Œcuménique et Coordinateur du PAOET © Cevaa/Défap

L’histoire politique récente du Togo témoigne de sa difficulté à trouver une voie apaisée. Pendant près de 40 ans, le pays a été dirigé par Gnassingbé Eyadema (de 1967 à sa mort en 2005). Depuis 2005, c’est le fils de ce dernier, Faure Gnassingbé Eyadema, qui lui a succédé à la présidence de la République. Des cinq scrutins présidentiels organisés durant la présidence de Gnassingbé Eyadema, aucun n’a évité les controverses et les violences. Depuis 2005, les rendez-vous électoraux oscillent entre ouverture démocratique et phases de durcissement entre le parti au pouvoir et l’opposition. Dans ce contexte politique propice aux violences, voilà plus d’une décennie que les Églises togolaises sont engagées comme acteurs de la société civile. C’est particulièrement le cas des Églises protestantes membres de la Cevaa, l’Église évangélique presbytérienne du Togo (EEPT) et l’Église méthodiste du Togo (EMT).

Ce rôle-clé s’est trouvé formalisé peu avant le rendez-vous présidentiel de 2010 avec la mise en place du Projet d’Accompagnement Œcuménique pour le Togo. À travers le PAOET, les Églises peuvent avoir un rôle crucial à des moments particulièrement sensibles de la vie politique du pays, que ce soit en surveillant le bon déroulement des processus électoraux, ou en maintenant le dialogue entre adversaires malgré les tensions. Dans un tel dispositif, la présence de partenaires étrangers est cruciale : outre l’apport des Églises du Togo, le PAOET bénéficie ainsi du soutien financier des Églises de France à travers le Défap, ainsi que de celui de la Cevaa (Communauté d’Églises en mission), de DM-échange et mission, de Brot für die Welt (Pain pour le monde), ou encore de la Mission de Brême. Ce rôle s’illustre aussi dans la Commission Vérité, Justice et Réconciliation (CVJR), créée par décret pris en Conseil des Ministres le 25 février 2009 sous le patronage de la Commission des Droits de l’Homme de l’ONU, et actuellement présidée par Mgr Nicodème Barrigah-Benissan. Elle a remis en avril 2012 une synthèse de ses recommandations.

Mais ces efforts des Églises togolaises peuvent toujours être remis en question. C’est justement la crainte qui se fait jour aujourd’hui à travers la préparation du rendez-vous présidentiel de 2015. Un projet de loi issu d’un long et difficile dialogue entre le gouvernement et l’opposition, et prévoyant la réforme de six points de la Constitution de 1992, dont le passage à l’élection du président de la République au suffrage universel direct, un scrutin à deux tours, et un mandat de cinq ans pour le chef de l’État renouvelable une seule fois, a été rejeté par l’Assemblée Nationale le 30 juin 2014. Actuellement, le président Faure Gnassingbé en est à son deuxième mandat. L’EMT et l’EEPT ont lancé, cet automne, un appel commun avec l’Église catholique togolaise pour demander la relance des réformes institutionnelles et constitutionnelles. Depuis lors, cette question des réformes agite la vie politique togolaise et les Églises poursuivent leur travail de médiation. Ce qu’illustrent les extraits de la Lettre d’information du PAOET que nous reproduisons ci-dessous.

Une déclaration commune des Églises qui suscite de nombreuses réactions

Histoire récente du Togo

27 avril 1960 - Indépendance du Togo.
13 janvier 1967 - 4 ans jour pour jour après l'assassinat du Président Olympio, un coup d'Etat militaire provoque la chute du Président Grunitzky au profit du colonel Eyadéma (promu général en décembre) qui devient Président de la République en avril.
21 décembre 1986 - Le général Eyadema est réélu pour 7 ans à la présidence de la République, avec 99.95% des suffrages.
décembre 1991 - Formation d'un Groupe d'union nationale du Togo.
22 février 1997 - Mise en place de la Cour constitutionnelle du Togo.
7 juillet 1999 - Signature d'un accord de paix entre les belligérants sierra-léonais à Lomé.
27 juillet 1999 - Fin de la crise politique qui affecte le pays depuis le début des années 1990, suite à la signature d'un accord entre partis présidentiel et d'opposition.
30 décembre 2003 - Révision constitutionnelle qui permet au président d'être rééligible sans limitation du nombre de mandats (G. Eyadéma est à la tête de l'Etat depuis 1967).
1er janvier 2003 - G. Eyadéma remporte les élections présidentielles avec 59% des suffrages exprimés.
5 février 2005 - Le décès de G. Eyadéma ouvre une crise politique et institutionnelle, marquée par l'arrivée au pouvoir de son fils Faure Gnassingbe.
24 avril 2005 - Élection de F. Gnassingbé à la Présidence de la République dans des circonstances troublées.
juin 2005 - Un gouvernement d'ouverture dirigé par Edem Kodjo, membre de l'opposition modérée, engage la reprise du dialogue national, notamment sur le cadre électoral et l'organisation d'élections législatives transparentes.
16 août 2006 - Signature d'un accord politique global (APG) par l'ensemble des partis.
février 2010 - Élection présidentielle : Faure Gnassingbé est réélu avec 61% des voix.
juillet 2013 - Élections législatives. Le parti au pouvoir, l'Union pour la République (UNIR), obtient la majorité absolue avec 62 des 91 sièges du Parlement.

« Les Églises Catholique, Évangélique Presbytérienne et Méthodiste ont publié le 1er octobre une déclaration commune dans laquelle elles ont interpellé le gouvernement et les partis politiques représentés à l’Assemblée Nationale sur la question non résolue des réformes constitutionnelles. Les responsables de ces Églises ont après exprimé leur « grand étonnement et profonde déception » face au rejet le 30 juin dernier par les députés de l’UNIR (Union pour la République) du projet des réformes introduit à l’Assemblée Nationale par le gouvernement et déploré que « l’absence de confiance et l’intransigeance des uns et des autres n’aient pas permis d’aboutir à l’adoption du texte de loi vivement attendu par les Togolais » et considéré que le rejet du projet de loi constituait « un regrettable recul enregistré dans l’engagement pris par les mêmes acteurs d’une part depuis plus de huit ans dans le cadre de l’APG, et, d’autre part, depuis plus de deux ans dans le processus de mise en œuvre des recommandations de la CVJR. »

Les chefs d’Église ont, face à la situation de blocage qui s’est installée dans le pays, lancé « un appel pressant au Chef de l’État, au Premier Ministre et à son gouvernement, au Président de l’Assemblée Nationale, à tous les députés et à tous les responsables de l’opposition togolaise, en faveur d’une nouvelle initiative visant à réexaminer les questions introduites auprès de l’organe législatif du pays en vue de trouver une issue positive » et convié « toute la population à faire prévaloir l’amour de la patrie sur toutes les autres considérations partisanes et égoïstes afin de faire avancer la démocratie et permettre à ce que l’élection de 2015 se tienne dans un cadre serein, paisible, juste et équitable ». Le message s’est terminé par une invitation à tous les croyants à s’unir en prière pour implorer du Seigneur, la grâce de l’Esprit Saint sur « les personnes et institutions auxquelles il appartient de prendre les décisions opportunes en ces temps décisifs pour le Togo ».

Abondamment relayée par les médias (presse écrite, radio et télévision, web, etc.), la déclaration des Églises a suscité de fort nombreuses réactions aussi bien de la part des représentations diplomatiques que des organisations de la société civile et des partis politiques. Le 2 octobre, les ambassadeurs des pays de l’Union Européenne, avec à leur tête le chef de la Délégation au Togo, ont profité de l’occasion de la 15ème session du dialogue politique périodique entre le gouvernement et l’UE pou attirer l’attention du gouvernement sur la nécessité de la mise en œuvre des réformes constitutionnelles et institutionnelles avant le scrutin présidentiel de l’an prochain.

Le CAR (Comité d’Action pour le Renouveau) a dans un communiqué en date du 06 octobre, félicité les Églises pour leur initiative et appelé toute la classe politique à se mobiliser pour obtenir les réformes. Puis, ce fut le tour du président de la nouvelle Cour Constitutionnelle de monter au créneau le 06 octobre et de déclarer lors d’une interview accordée au site web gouvernemental « Republic of Togo », que « la page des réformes a été tournée depuis le 30 juin à la suite du rejet par l’Assemblée Nationale du projet de loi sur ces réformes » et qu’il revenait désormais aux responsables politiques de « s’atteler à une organisation apaisée de l’élection présidentielle de 2015 ».

La position du président de l’instance chargée de garantir la constitutionnalité va choquer et provoquer une vague de propos de désapprobation, de nombreuses personnes ayant estimé qu’il avait violé l’impartialité requise de ses fonctions. La première réaction viendra du chef de Délégation de l’UE qui écrira dans un message sur le réseau social Twitter : « La transition se fermera avec une constitution consensuelle votée par la majorité du peuple ou ses représentants. Nous ne pensons pas que la question des réformes soit clôturée ».

La Coalition Arc-en-ciel (une des deux principales formations d’opposition, NDLR) a de son côté décrié la sortie du président de la Cour Constitutionnelle à travers un communiqué daté du 7 octobre dans lequel elle a dénoncé les pratiques anti-démocratiques du Président de la Cour et lancé un appel à la mobilisation de toutes les populations togolaises afin de contribuer à la réalisation des réformes constitutionnelles et institutionnelles, conformément à l’esprit de l’Accord Politique Global. Cette position sera reprise par leurs responsables de l’ADDI (Alliance des Démocrates pour le Développement Intégral), parti membre du CST, qui a crié « NON à la caporalisation de la Cour Constitutionnelle ! ».

« Un appel au sens de responsabilité de tous les acteurs politiques »

Dans la même dynamique, la LTDH (Ligue Togolaise des Droits de l’Homme) a exprimé le 08 octobre sa « profonde indignation » et sa « vive consternation ». Elle a interpellé le Chef de l’État et lui a demandé de respecter ses engagements sur la mise en œuvre des dites réformes. Après avoir estimé que les réformes restent vivaces et ne « relèvent pas de la seule volonté et des desiderata des seuls acteurs politiques », la LTDH a lancé « un appel au sens de responsabilité de tous les acteurs politiques et invité le peuple togolais dans son ensemble à demeurer vigilant et mobilisé en vue de démasquer et de mettre hors d’état de nuire les ennemis de la démocratie et de l’alternance ».

La Plateforme Citoyenne Vérité Justice (PCVJ), une structure de la société civile qui fait le suivi de la mise en œuvre des recommandations de la CVJR a, quant à elle, rendu publique le 06 octobre une déclaration dans laquelle elle a, après avoir exprimé son soutien à l’appel des responsables d’Église, « estimé inappropriés les propos du président de la Cour Constitutionnelle » et exhorté « la majorité au pouvoir et l’opposition à faire des concessions pour permettre au processus de réformes d’abouti ».

Enfin, le groupe des cinq (les chefs de missions de (l’Union Européenne, de la France, de la République fédérale d’Allemagne, des États-Unis d’Amérique et la Coordinatrice résidente du système des Nations unies au Togo) a dans un communiqué publié le 10 octobre apporté son soutien à l’initiative des Églises pour exiger la relance des réformes politiques.

Le parti UNIR a, de son côté, réagi pour dire qu’il n’était pas contre le principe des réformes mais que celles-ci pourraient également se faire après l’élection de 2015. » 

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