Les subsahariens à Rabat  
 
 

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Repères : Quelques faits et chiffres


 
  • 12 300 émigrants africains ont été interpellés aux abords des îles Canaries en Espagne ce 1e semestre 2006: un chiffre record. Depuis la Maurétanie et le Sénégal, ils parcourent jusqu' à 1 200 km dans de fragiles pateras, de longues barques à moteur pour tenter de regagner la forteresse Europe. Tarif des passeurs pour la traversée: autour de 1 000 €. 1 800 d'entre eux ont perdu la vie en mer.
  • L'archipel des Canaries est devenue la principale destination de l'immigration clandestine en provenance de l'Afrique francophone surtout. Le détroit de Gibraltar, cette minuscule portion de Méditerranée devenue le plus grand cimetière du monde et les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, au nord du Maroc, sont délaissés depuis que les côtes sont parsemées de stations de détection, de radars mobiles et d'unités de patrouilleurs.

  • On estime à 80 000 les candidats à l'exode qui campent sur les côtes de Maurétanie et du Sénégal. Un grand nombre de clandestins sont bloqués au Maroc, véritable terminus noir, et dans les autres pays du Mahgreb: de l'ordre de 50 000. Certains tentent de s'y fixer, à Rabat entre autres.
  • L'Europe a donc laissé se creuser le fossé des richesses entre les 2 rives si proches de la Méditerranée. Cette frontière est aujourd'hui la plus inégalitaire du monde. Un citoyen espagnol d'Algésira vit avec 14 500 USD par an. Son voisin marocain de Tanger touche 1 200 USD, soit un écart de 1 à 12. Pour les migrants du Mali l'écart passe de 1 à 60. Ceci explique cela.

     
 
       

Repères : Le travail de l'Eglise évangélique au Maroc


 
  • L'EEAM, avec le soutien d' organisations et d'individus divers, a mis sur pied une Commission d'Eglise: le Comité d'Entraide Internationale: CEI. Mot d'ordre: "mettre en réseau des individus avec de nouvelles opportunités et permettre le succès". David Brown , pasteur baptiste des USA coordonne à plein temps l'action d'équipe de ce comité.
  • Dans les centre urbains à forte présence de migrants, le projet répond à un besoin d'aide aux structures locales existantes pour faire face aux besoins physiques et spirituels de personnes sans ressources. Un travail d'écoute et d'accompagnement -où aller ? que faire ensuite ?…-, une assistance aux besoins de base, logement en urgence pour les malades en traitement, prévention du Sida, alphabétisation…Le CEI est en partenariat avec le HCR local.
 
  • Le temple protestant de Rabat, entre autres, ouvre ses portes chaque mardi pour une permanence d'accueil des migrants sous couvert du CEI.
  • Au rendez-vous, une centaine de ressortissants d'Afrique francophone surtout. Louise (Congo Kinshasa) au secrétariat dans la sacristie, Aziz et Nathalien (Cameroun) à l'animation dans la nef coordonnent une quinzaine de volontaires bénévoles, eux-même migrants.
  • Programmes: assistance médicale, aide alimentaire, mise en place de micro-projets tel l'ouverture d'un petit restaurant de quartier par une migrante ivoirienne…
 
       

Portraits : Josua, pasteur (Cameroun)


 

Josua quitte le Cameroun avec sa femme, laissant leur fils de 13 ans auprès des grands parents. 10 jours de traversée du Sahara, pillés, rançonnés par des passeurs sans scrupules avant de poser leur maigre baluchon en bordure des ordures, cachés dans la forêt de Gourougou, près de Nador dans le nord du Maroc. Les villageois du lieu fraternisent avec les clandestins, déposant dans la décharge de petits sachets pliés avec de la nourriture. De même les policiers de surveillance autour de la forêt qui disputent des parties de foot avec une équipe des clandestins.

 

Avec son épouse, Josua trouvera finalement asile chez des compatriotes camerounais d'Oujda. C'est ici que l'épouse sera victime d'une agression à l'arme blanche. A l'hôpital de la ville, avant même de la soigner, on lui réclame ses papiers.

 

Son mari au moment de la visiter est arrêté par la police comme clandestin. Son épouse mal soignée meurt. Il n'apprendra la nouvelle que 48h plus tard, sans l'avoir revu.

 

Une fois n'est pas coutume, la police va se montrer magnanime et assurer l'impunité à Josua en le dirigeant auprès du curé d'Oujda. Le prêtre assure les funérailles de son épouse et l' envoie sur Casablanca, chez le pasteur Jean-Luc Blanc. Celui l'héberge un certain temps en lui annonçant un oasis de paix mais sans lui promettre la terre promise.

 

Aujourd'hui Josua a définitivement quitté Rabat pour retrouver son Cameroun natal et son fils orphelin de mère.
 
       

Portraits : Sylvanus, animateur jeunesse (Togo)


 

Sylvanus, membre actif de son Eglise au Togo, a réussi à mettre sur pied une "association patriotique pour la jeunesse" à Lomé. Objectif: créer des sources de revenu par le travail manuel pour de jeunes désœuvrés de la capitale: petits emplois dans la boulangerie, le commerce de quartier, les marchés…

 

L'initiative accroche vite et se développe. Les autorités prennent ombrage du succès de l'association sans couleur politique ou religieuse et essayent de la récupérer sans grand succès. Survient la mort du président Eyadema et les troubles liés à sa succession.

 

L'association se mêle à la foule des manifestants. Sylvanus est gardé à vue à la gendarmerie. On lui demande de faire taire ses amis. Il explique qu'il n'a aucun pouvoir en la matière. En pleine nuit, les militaires raflent sa maison. Il réussit à fuir par la cour arrière. Sa voiture est brûlée, son ordinateur cassé. Sa sœur et sa fille sont frappées au gourdin, tombent dans le coma et meurent à l'hôpital.

 

Sylvanus se cache dans le port des pêcheurs de Lomé, de longs jours durant. Des amis pêcheurs réussissent à le diriger vers un cargo espagnol au large. Son capitaine accepte de l'embarquer. Mais sur les côtes marocaines et avant de toucher l'Espagne il est forcé à se séparer de lui pour éviter l'infraction.

 

Caché à Rabat, Sylvanus est réduit aujourd'hui à une vie de criquet noir -expression marocaine pour désigner les subsahariens.

 

A Takkadoum, un quartier populaire de la capitale, il loge avec 62 de ses compagnons dans un 2 pièces nu à la chaleur moite. Ses journées se passent à mendier dans les quartiers chics, sur les marchés, à la sortie des mosquées.

 
       

Portraits : Sara, enfant (Congo Kinshasa)


 

Sara est une belle jeune fille toute frêle. Elle se retrouve un matin sur le pas de la porte de l'Eglise protestante de Rabat. Malade, sa mère l'avait vendue à une famille en migration vers le Maroc. Son voyage à travers le désert va durer 2 ans. Elle servira de petite bonne. Ne parlant pas l'arabe, ne sachant cuisiner ou faire le ménage, elle est jetée à la rue, une veille de Noël.

 

Aujourd'hui elle séjourne dans un orphelinat avec 30 enfants mineurs dont elle ne parle pas la langue. Les bénévoles du Comité d'Entraide Internationale la visitent régulièrement. Ils l'ont emmenée un jour faire des courses dans un grand magasin.

 

Sa première tentation a été le rayon jouets. Mais elle a fini par acheter des chaussures, un pantalon, des chaussettes, un flacon de crème pour les mains et une petite confiserie.

 

Sara est heureuse de pouvoir aller à l'école, elle aime jouer au foot et chanter. Elle est devenue une grande jeune fille très vive et malgré tout ce qui lui est arrivé, elle est toujours prête à sourire.

 

[source: Comité d' Entraide Internationale au Maroc]
 
       

Témoignages : Monda, ouvrier du bâtiment (Cameroun)
 

"Pour tout l'or du monde, je ne voudrais plus recommencer le calvaire de la traversée du désert du Niger et de Libye pour rejoindre le nord de l'Afrique.
Je l'ai fait pour assurer un avenir meilleur à mes 3 enfants restés au pays avec ma femme: le grand vient de passer le BEPC.

J'ai vécu 7 mois dans la forêt de Gourougou près de Nador, à côté de la décharge.
J'ai fait 11 tentatives pour passer en Espagne et j'ai été 11 fois repris.
Pour moi le seul espoir de récupérer le temps perdu, c'est d'aller travailler en Europe.
Mon temps c'est de l'argent gagné à la force de mon travail.
Or l' Afrique ne m'ouvre pas des opportunités de travail.

 

Le peu de travail existant est mal payé de ne permet pas de faire des économies.
Car avec les économies d'un travail en Europe, je peux m'acheter une machine à raboter électrique.
Avec cette machine je fais ma vie au Cameroun, facilement.

En attendant je travaille avec le pasteur David Brown comme bénévole dans l'accueil de mes compatriotes.
Moi aussi j'ai besoin de servir à quelque chose.
Au fond de moi, j'aime rendre service, me débrouiller au quotidien et surtout ne pas mendier.

Aujourd'hui est mieux que hier.
Hier était mieux qu' en 2000.
Mais je ne me sens toujours pas trop tranquille dans ma tête."

 
       

Témoignages : Mamadou, étudiant (Sénégal)


 

"A Takkadoum, loins des beaux quartiers, je souffre aux côtés de mes frères.

Nous sommes à 32 à dormir dans une chambre.

Je souffre du froid en hiver.

Des rafles de la police toute l'année.

On nous dépouille des petits biens qui nous restent.

On déchire nos certificats de réfugiés du HCR.

On nous emmène de force jusqu'à Oujda, tout au nord.

De là on revient à pied pendant des semaines.

 

Et pourtant je ne peux pas retourner au pays.

Je ne suis pas seul à prendre cette décision.

Ma famille s'est sacrifiée pour financer mon voyage jusqu'ici.

Le retour signifie le déshonneur, l'humiliation, l'échec.

Rentrer sans rien dans les poches est impossible.

Je préfère souffrir ici que de rentrer avec la honte…"

 
       

Témoignages : Eglise évangélique au Maroc: Pasteur David Brown


 

"Alors que nous pénétrons dans une forêt dense, les arbres s'animent.

Des dizaines de clandestins se montrent soudain.

Ils sortent de leurs abris constitués de semblants de tentes bricolées à l'aide de matériaux de récupération.

Ils nous entourent, dépenaillés, mal nourris, souffrant de blessures et de maladies sans fin.

Une odeur de mort imprègne le lieu.

 

On nous accueille chaleureusement.

On nous traite comme des parents.

Assis à les écouter, nous sommes touchés par leurs histoires de vie qu'ils partagent avec nous.

Leur espoir, leur dignité et leur désir d'une vie meilleure pour leur famille sont pour nous une source de grâce."


[source: Comité d'Entraide Internationale au Maroc]

 
       

Quelques images ...


 

Casa culte nigérian

Casa culte protestant
Fès mariage gabonais au temple protestant
Jean-Luc Blanc sortie de culte
Rabat accueil migrants
Rabat manif migrants devant HCR
Rabat migrant dans rue
Rabat migrants à Takkadoum 1
Rabat migrants à Takkadoum 2
Rabat migrants à Takkadoum 3
Rabat migrants à Takkadoum 4
Rabat migrants à Takkadoum 5