A 1500 kms au nord de Buenos Aires s’étend le Chaco. Aux confins du Paraguay, de la Bolivie et de l’Argentine, c’est la terre des Tobas, peuple autochtone. Depuis l’arrivée des colons, leurs droits ont été bafoués : on leur a volé leur terre et leur histoire. Leur langue, le qom, n’est pas enseignée à l’école. Ils ont presque oublié leurs danses traditionnelles. Le taux de mortalité infantile et d’analphabétisme dans cette province est le plus élevé du pays.
Aujourd’hui les Tobas relèvent la tête. Ils ont récupéré la moitié des terres revendiquées. Ils lisent la Bible dans leur langue. Ils organisent chaque année un festival culturel. La Cevaa est un des acteurs de ce renouveau.
Depuis l’année 2000, à la demande de son Eglise membre dans la région, l'IEVRP - Iglesia Evangélica Valdense del Rio de la Plata, et avec le concours de la faculté de théologie de Buenos Aires (ISEDET), la Cevaa conduit une Action Apostolique Commune (AAC) centrée sur la formation biblique et théologique. Un cursus de trois ans aboutit à un diplôme. La formation est bilingue, espagnol et qom. A côté de l’école biblique, l’AAC organise tout au long de l'année des ateliers de réflexion biblico-théologique sur des thèmes choisis par les Tobas. Ils concernent principalement, les femmes, les jeunes, la musique. Pour l’année qui vient, un atelier sur l’économie sociale et solidaire est en projet.
Depuis dix ans, à Bermejito, au coeur du Chaco, l’AAC a permis aux Tobas de se réapproprier leur culture, leurs traditions, leur identité, leur langue. Elle a formé des leaders pastoraux et des leaders au sein de la Communauté Toba. L’étude de la Bible a été vécue comme un processus de libération, d’émancipation, de renforcement des capacités individuelles et collectives.

C’est exactement le projet que poursuit la Cevaa depuis sa création à travers l’animation théologique. C’est le cœur de notre Communauté d’Eglises en mission. C’est ce qu’ont rappelé le Secrétaire général, le pasteur Célestin KIKI, et le vice-président, le pasteur Didier CROUZET, au cours de leur récente visite. Ils ont assisté à la remise des diplômes, ponctuée de chants et de danses. Car aujourd’hui, les Tobas osent exprimer publiquement leurs richesses culturelles. Grâce à l’accompagnement d’une autre Eglise de la Cevaa, l’Eglise évangélique en Nouvelle-Calédonie et aux îles Loyauté, grâce en particulier à plusieurs artistes kanak de renom, les Tobas organisent depuis 2006 un festival qui a rassemblé jusqu’à 7000 personnes.
En 2013, la Cevaa procèdera à l’évaluation de l’AAC et passera le relais aux partenaires argentins qui prendront en charge la suite de l’action. La fin de l’engagement de la Cevaa sous sa forme actuelle est prévue pour fin 2012. Mais en attendant, grâce à l’Evangile libérateur, grâce à la rencontre entre deux peuples, grâce au soutien des Eglises de la Communauté, le coeur de la Cevaa bat au Chaco.