Qu’ils sont beaux, sur la montagne, les pieds du messager qui apporte la paix !
C’est sous le signe de cette belle et puissante promesse du Second Esaïe que nous avons placé notre V° assemblée générale de Neuchâtel. En reprenant cette parole d’Esaïe nous voulons rendre hommage au travail des femmes de la Cevaa en faveur de la paix. C’est à Bouznika, lors de IV° assemblée générale que la Caravane des femmes pour la paix a été lancée. D’Eglise en Eglise, à travers les vingt trois pays de la Cevaa, une chaîne extraordinaire s’est formée. Des femmes, des jeunes, des hommes, se sont mobilisés pour construire et semer des gestes de paix et de guérison. Le signe de cette chaîne de la paix est aujourd’hui matérialisé par un rouleau qui a été confectionné tout au long des étapes de la Caravane ; un rouleau qui s’est enrichi de toutes les contributions des femmes à travers les Eglises de la Cevaa. Avec la Caravane des femmes pour la paix, c’est ce rouleau que nous allons accueillir à Neuchâtel. Ainsi, nous bouclons une boucle ; la boucle de tous les messagers et messagères qui ont laissé l’empreinte de leurs pieds dans cet immense parcours de la paix commencé il y a deux ans à Bouznika.
A la rencontre de nos voisins
Cette action de la caravane des femmes constitue une des quatre actions communes décidées à Bouznika, en 2006. C’est en fait à Strasbourg en 2004, lors de la III° assemblée générale de la Cevaa, que nous avions défini le thème de la « rencontre avec le voisin » comme étant une dimension incontournable de notre mandat missionnaire. L’assemblée suivante à Bouznika précisait autour de ce thème quatre orientations. Paix - Dialogue - Guérison – Migration ! Ce sont les mots que nous avons alors choisis pour dire nos urgences missionnaires dans ce monde globalisé.
La mondialisation, même s’il est vrai qu’elle présente des opportunités de rencontre, des facilités pour communiquer, s’accompagne d’exclusions nombreuses et nouvelles. Nous faisons tous l’expérience de ces exclusions dans la vie de nos communautés, de nos villes, de nos villages. Le monde est un grand village mais dans le même temps, les horizons se rétrécissent. Partout, le repli gagne du terrain. Au nom des identités, religieuse, ethnique, communautaire, on se renferme. Face à ce défi du repli, les compagnons de Jésus le Nazaréen que nous sommes, sont interpellés et questionnés : Laisserons-nous des fossés se creuser ? Laisserons-nous la violence gagner du terrain ? Laisserons-nous de la place à notre voisin ? A l’échelle de nos villages, de nos villes, de notre monde, la question du voisin devient centrale. Elle est un véritable enjeu de vie et mort ; un enjeu d’avenir ; un enjeu d’évangile.
C’est en ce sens qu’à Bouznika nous avons lancé des « actions communes ». La Caravane des femmes en est une. Trois autres actions ont été développées : action migrants, action Sida et action Dialogue avec les croyants d’autres convictions. L’assemblée de Neuchâtel sera une occasion de faire un point d’étape sur ces différentes actions et de s’interroger à leur sujet sur les perspectives à venir.
Un cheminement avec le Second Esaïe
Les temps de prière, de louange et de chant, occupent une place importante dans le cadre de nos assemblées. C’est ainsi que toutes les journées débuteront par ce que nous appelons, les « Groupes de maison ». Ce sont des groupes de partage, d’écoute, de soutien. Les délégués se retrouvent tous les matins en petits groupes de 6 à 8 personnes pour un temps de lecture et de partage biblique selon la méthode de la lectio divina. C'est une méthode de lecture et de méditation des textes bibliques très ancienne. Elle propose une rencontre du Dieu vivant par une méditation des Ecritures. Elle invite à vivre le texte de l’intérieur. Nous avions déjà utilisé cette méthode à Bouznika en 2006, nous la reprendrons à Neuchâtel.
C’est le Second Esaïe qui nous accompagnera dans tous les temps de partage biblique, que ce soit dans les Groupes de maison, les cultes ou les temps d’animation biblique. Les seize chapitres du second Esaïe constituent en effet un véritable joyau. Tout y est : la souffrance, l’humiliation, la consolation, la fascination des solutions faciles, le chemin difficile de la reconstruction, la vision d’une société renouvelée, la conversion des peuples et des nations ! Au chapitre 53, le chant du serviteur souffrant nous indique le sens ultime de ce parcours de reconstruction, celui d’une « grâce qui coûte » un service absolu.
En choisissant le second Esaïe pour notre assemblée de Neuchâtel, il nous semblait qu’Esaïe avait quelque chose à nous dire ; quelque chose sur nous, sur notre histoire, sur nos brulures ; quelque chose sur la guérison et la réconciliation ; quelque chose sur le sens de la mission de Dieu dans un temps de changement et d’incertitude. Nous faisons en effet le pari que nos défis d’aujourd’hui ne sont pas très éloignés de ceux qu’Esaïe a rencontrés. Le rejet que vit le malade du VIH Sida, l’humiliation que subit le migrant, la souffrance qu’endure la victime de violences, l’incompréhension de celui qui appartient à une autre culture ou une autre religion, rappellent à bien des égards l’humiliation, le rejet, l’incompréhension et la souffrance des enfants d’Israël dans leur exil de Babylone.
Où est le cœur de la Cevaa ?
Plusieurs questions importantes sont à l’ordre du jour de l’assemblée de Neuchâtel. A un moment où beaucoup de choses sont en train de changer dans le paysage des Eglises et des institutions missionnaires, la question du « cœur » sera débattue. Où est le cœur de la Cevaa ? Quel est ce noyau dur qui nous rassemble et qui fait de nous une communauté d’Eglises en mission ? Serait-ce l’animation théologique, l’échange de personnes, les projets missionnaires des Eglises, l’action des femmes, l’action des jeunes ? Ce sont des questions qui plusieurs fois sont revenues dans l’histoire de la Cevaa. Nous les reprendrons à Neuchâtel, non pour le plaisir de défaire les réponses de nos prédécesseurs mais pour dire avec le plus de justesse possible mais aussi avec le plus d’humilité ce qui est vraiment approprié à ce que nous vivons aujourd’hui.
Du cœur à l’action
Dans le prolongement de la question du cœur, seront débattues la question des projets missionnaires et celle de l’échange de personnes. Depuis l’assemblée générale de Sète, la Cevaa vit à l’heure des programmes et projets missionnaires. En mettant en place ces programmes projets missionnaires, Il s’agissait à la fois de redynamiser la vision missionnaire des Eglises membres et de définir un autre système d’attributions financières aux Eglises. Cette pratique qui repose sur le postulat selon lequel ce sont les Eglises qui sont seules responsables de leurs programmes et projets sera interrogée et revisitée. Quant à l’échange de personnes, les Eglises du Nord trouvent aujourd’hui que c’est un domaine d’activités qui est en panne alors que la mission a depuis toujours été nourrie, enrichie, par l’envoi et l’échange de personnes. Les Eglises du Sud ne partagent pas toujours la même approche et ne placent pas l’échange de personnes au même niveau d’urgence et de priorité. Alors, comment entendre l’appel des Eglises du Nord tout en respectant les urgences et les priorités des Eglises du Sud ?
Deux nouvelles Eglises frappent à la porte de la Cevaa
La Cevaa est une Communauté de trente cinq Eglises qui pour la plupart nourrissent entre elles des relations anciennes. C’est ce qui donne à cette communauté d’Eglises un caractère quasi familial. Du coup, nombreuses sont les Eglises qui voudraient entrer dans la famille. Le Conseil a accepté de présenter la candidature de deux Eglises. Il s’agit de l’Eglise presbytérienne au Rwanda et de l’Eglise évangélique presbytérienne du Ghana. Ce sont deux Eglises qui nous sont proches du point de vue théologique et ecclésiologique et avec lesquelles nous entretenons depuis longtemps des relations de travail et d’échange. L’Eglise évangélique presbytérienne du Ghana constitue avec l’Eglise évangélique presbytérienne du Togo une seule et même Eglise avec un seul synode général. Quant à l’Eglise presbytérienne au Rwanda, elle nourrit depuis longtemps des relations proches avec les Eglises de la Cevaa en Afrique centrale. L’Assemblée aura donc à se prononcer sur l’adhésion de ces deux nouvelles Eglises.
Le renouvellement des instances
Cette V° assemblée marquera le début d’une nouvelle législature. Les délégations des Eglises à l’assemblée ont été renouvelées. Un nouveau Conseil sera nommé. Un président nouveau sortira du vote de l’assemblée. Les coordinations « Projets » et « Animations » seront nouvellement mandatées pour une période de quatre années. Le Secrétaire général, le pasteur Alain Rey, arrive quant à lui, à la fin de son troisième mandat. Un nouveau secrétaire général sera donc nommé par l’assemblée. Cela fait beaucoup de renouvellements. Les discussions en séance et dans les couloirs seront sans aucun doute nombreuses. Il ne fait pas de doute cependant que le résultat de tous ces votes sera accueilli par tous en confiance.
En Suisse, un événement de rencontre
Les Eglises de Suisse romande se sont fortement mobilisées pour accueillir la V° assemblée générale de la Cevaa. Elles ont voulu en faire un véritable événement missionnaire ; un événement d’accueil et de rencontre. Pendant trois jours, les délégués seront en effet répartis par groupes de quatre ou cinq, dans des paroisses aux quatre coins de la Suisse romande. Ils pourront ainsi partager la vie des communautés à travers les rencontres, les visites, les temps de louange et de culte ; ils entreront également dans la vie des familles. Ces journées seront faites de découvertes et probablement de surprises et d’étonnements partagés. Pour les uns et les autres, il s’agit d’un événement de rencontre ; la rencontre d’un voisin certes proche dans la foi mais peut-être éloigné dans les approches, les gestes, la culture.
Un événement dense à impact limité
Lors d’une enquête récente auprès des délégués et des Eglises, il ressortait deux choses à propos de l’assemblée générale de la Cevaa. Il s’agit d’un événement extraordinaire pour ceux qui la vivent ; un événement qui conjugue tout à la fois la force du partage dans la réflexion, la joie dans la reconnaissance et la louange, l’exigence de l’interpellation réciproque, l’émotion de la rencontre. Il est indéniable que ceux qui vivent une assemblée de la Cevaa en repartent confortés et renforcés dans leurs propres capacités de témoignage et de service. Mais la question qui ressortait également de cette enquête, c’était celle du peu d’impact sur la vie de nos Eglises. Alors comment faire pour que ce qui est un événement pour quelques uns deviennent une vraie question pleine de sens pour le plus grand nombre ?
Un événement à porter dans la prière
Il est bien vrai que tout le monde ne peut pas participer à cette assemblée. Une centaine de personnes, délégués, personnes ressources, invités, se retrouveront à Neuchâtel. Tout le monde, cependant, peut porter l’événement dans la prière. Tout au long de l’assemblée, des informations et des communiqués seront régulièrement diffusés à travers le site de la Cevaa. Vous pouvez donc rester en lien avec ce qui se passe à Neuchâtel. Merci pour le soutien et la communion !
Alain Rey