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Zambie-France : des célébrations en forme de découverte

De l'UCZ à l'EPUdF, la distance géographique est grande, même si toutes deux font partie de la même famille de la Cevaa. Des relations directes entre des paroisses de Zambie et de France existent toutefois depuis 2009, à la suite d'un camp de jeunes, et ont été formalisées sous la forme d'un jumelage en 2013. Les célébrations du Jubilé de l'UCZ ont été l'occasion pour des représentants de l'EPUdB (Église protestante unie du Bocage normand) de se rendre à Lusaka. L'occasion, aussi, d'échanges en profondeur sur les forces et les difficultés de chacune de ces Églises, placées toutes deux dans des contextes très différents, sur des thèmes comme l'action au sein de la société, l'évangélisation, le rôle des jeunes, les difficultés financières...
Le site de l’UCZ
Le site de l’EPUdF

 

Image des célébrations du Jubilé à Lusaka © Éric Trocmé

Du 9 au 18 janvier 2015, l’UCZ (United Church of Zambia) a célébré ses cinquante ans d’existence. En présence, notamment, d’invités des diverses Églises qui l’ont vu naître et croître : des invités venus du Lesotho, de Suisse, de France, d’Écosse... Parmi les participants aux manifestations du Jubilé, Éric Trocmé, pasteur de l’Église protestante unie du Bocage normand (EPUdB) et Étienne Fels, président du conseil presbytéral de l’EPUdB. L’Église protestante unie de France (EPUdF) et le Défap les ont missionnés pour les représenter. Les raisons de leur présence tiennent à l’organisation, entre 2009 et 2012 d’un camp tripartite d’une trentaine de jeunes issus de l’United Reformed Church of England – Wessex Synod, la Methodist Church of England, l’UCZ et l’Église réformée Nord-Normandie. Vécue successivement en Angleterre, en Zambie et en France, cette rencontre par-delà les continents s’est terminée à Berjou, petit hameau de Normandie.

A la suite de ce camp, l’UCZ manifeste son désir de maintenir et de fortifier les relations créées avec la région Nord-Normandie. Elle envoie pour cela trois propositions de jumelages entre paroisses, l’une à Lusaka, l’autre à Luangwa à 320 km de la capitale et la dernière à Kafue, à une quarantaine de km plus au Sud. Séduite par le profil de communauté proposé, l’assemblée générale de l’EPUdB se prononce pour un jumelage avec Kafue et entame ses premiers contacts au moment de Noël 2013.

C’est dans la suite de ces échanges qu’en novembre dernier, le conseil régional de Nord-Normandie, contacté par le service des relations internationales de l’EPUdB, se tourne vers la paroisse du Bocage normand pour relayer l’invitation de l’UCZ. La priorité de cet envoi consiste à apporter un message de fraternité au nom de l’EPUdF, du Défap et du Conseil régional de Nord-Normandie, de manifester par sa présence les liens qui perdurent entre ces Églises membres de la Cevaa, de saluer les autorités de l’Église. Il représente aussi l’opportunité inattendue et reçue comme un cadeau d’effectuer une visite sur place à Kafue pour y rencontrer de visu les interlocuteurs contactés à distance et souvent avec difficultés. Le conseil presbytéral se dit alors qu’un pasteur et un agronome peuvent former un bon duo pour balayer un champ bien au-delà du périmètre strictement ecclésial et consolider des rapports jusqu’alors embryonnaires.

Apprivoisement

 

Visite à la Shiloh Congregation © Éric Trocmé

Confiance et inquiétude s’entremêlent. Certes, l’EPUdB ne fait jamais que répondre à un appel de l’UCZ, mais comme l’en avertissent certains anciens, « l’argent n’est jamais loin, les intentions peuvent se révéler intéressées. Le piège, c’est la mauvaise conscience, l’aide directe qui occasionne plus de mal que de bien, suscite des jalousies, des espoirs rapidement déçus, des projets avortés. »

L’appréhension se lève progressivement. Sur la route de Kafue, quelques kilomètres après avoir quitté Lusaka et ses contrastes, entre centres commerciaux flambant neuf et petits étals, larges avenues bordées de jacarandas, de flamboyants ou de frangipaniers tout autant que de séries ininterrompues de panneaux publicitaires, ruelles défoncées et nappes d’eau stagnante, le pasteur Musonda Bowa, « en français, cela veut dire “champignon” » s’esclaffe-t-il, sort du vide poche de la 4x4 dont l’autoradio déverse une flopée de cantiques, deux feuilles ronéotées. Le programme des 4 jours à venir ! Un vaste tour d’horizon des différents groupes de la Shiloh Congregation de Kafue, des visites, des échanges et même du tourisme. Et un logement chez l’habitant pour chacun, deux lieux d’un accueil chaleureux, plein d’attention, au sein de logements bruissant du matin jusqu’au soir de la télévision tonitruante - les élections présidentielles en cours et la Coupe d’Afrique des nations -, et où les rôles sont strictement définis : pas question que les hommes préparent à manger, fassent le service, la vaisselle, se lèvent pour aider ou aillent chercher de l’eau. Il s’agit là du travail des femmes !

Intérêt réciproque

 

Signature du jumelage entre paroisses de Zambie et de France © Éric Trocmé

Partout se manifeste le souci du contact, le plaisir de présenter et d’expliquer ce qui se construit, s’éprouve et se vit. Professeur de français au collège de garçons de l’UCZ à Kafue, Patricia Kapondo met en perspective les forces et les faiblesses du système scolaire zambien : « L’école primaire est gratuite pour l’ensemble de la population. Mais pour l’entrée au collège, un examen national est nécessaire, le nombre de points obtenu permettra ou non de poursuivre sa scolarité, une scolarité payante et chère, avec une nette préférence pour les garçons au détriment des filles. » Dans les bâtiments voisins, les infirmiers du dispensaire fondé par l’Église notent la prise en charge gratuite par l’État des trithérapies tout en déplorant la mortalité infantile due « à la culture qui fait préférer l’accouchement à la maison, l’insuffisance de moyens en personnel et en transports. »

Les rencontres successives, avec les groupes de jeunes et les groupes d’anciens, avec l’une des diaconesses en charge du territoire paroissial, avec le diaconat, avec les représentants du consistoire, les différents entretiens, montrent qu’une nouvelle étape est en gestation, qu’elle se cherche avec de nouveaux partenaires, plus jeunes, plus familiers de moyens de communication modernes. Qui mesurent bien les différences de moyens entre Églises du Nord et Églises du Sud, font état de leurs difficultés financières, mais découvrent avec stupeur la maigreur des groupes de jeunes dans les Églises françaises, le peu d’assistance au culte, la déchristianisation, les difficultés d’un protestantisme minoritaire. Et le questionnent avec intérêt sur son action au sein de la société, sur sa vitalité, ses projets, son avenir, son évangélisation.

Petit à petit, s’esquissent les pistes possibles d’un jumelage à plusieurs facettes : des contacts réguliers grâce à l’internet, aux adresses recueillies, des messages au moment des fêtes carillonnées, des échanges de textes liturgiques, des chants enregistrés, l’intérêt partagé pour les questions agricoles – de part et d’autres les questions écologiques sont prises en compte -, des échanges de recettes de confiture (les quelques pots amenés du Bocage ont suscité un intérêt profond !). Pour la suite on se met à rêver : des échanges de jeunes, la venue à Condé sur Noireau de zambiens pasteur et agronome … Rien de révolutionnaire ni de très ambitieux. Juste des petits signes qui tissent l’Église universelle de quelques fils de fraternité. Le livre de photos réalisé pour l’occasion où se côtoient des figures du Bocage, offert et paraphé solennellement pour signifier le jumelage, s’ouvre d’ailleurs par un portrait d’une paroissienne, Colette Lemarchand. Elle a choisi pour l’illustrer son verset préféré : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. »

Éric Trocmé

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