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Togo : «Les Églises maintiennent des contacts avec les différents protagonistes»

Depuis que le président du Ghana, Nana Akufo-Addo, a accepté le rôle de facilitateur dans le dialogue inter-togolais, les Églises à l'origine de la création du PAOET (Projet d'Accompagnement Œcuménique pour le Togo), toutes deux membres de la Cevaa, restent en retrait des négociations. L'EEPT (Église Évangélique Presbytérienne du Togo) et l'EMT (Église Méthodiste du Togo) gardent toutefois des contacts avec les acteurs des discussions. Elles ont élaboré des propositions alternatives au cas où le blocage demeurerait. Or, la dernière session du dialogue, le 23 mars dernier à Accra, a duré à peine une journée avant de tomber de nouveau dans l'impasse. Interview de Comlan Prosper Deh, Accompagnateur Œcuménique et Coordinateur du PAOET.
Comlan Prosper Deh, Accompagnateur Œcuménique et Coordinateur du PAOET © Cevaa/Défap

Où en est aujourd'hui le dialogue politique togolais ?

Comlan Prosper Deh : Le 23 mars a eu lieu à Accra le troisième round des discussions entre l'opposition et le parti au pouvoir. Le deuxième round s'était terminé un mois auparavant, le 22 février. Entre ces deux dates, la situation est restée bloquée. Les sujets centraux des négociations étaient les suivants : la question du retour, ou non, à la Constitution de 1992 ; et en cas de réponse positive, celle du mode d'adoption de cette Constitution - par référendum ou par le Parlement. Le tout étant étroitement lié au sort du président actuel, Faure Gnassingbé : poursuivrait-il son mandat actuel jusqu'en 2020 - et si oui, pourrait-il se présenter cette année-là à l'élection présidentielle ?

Sur la question essentielle de la réforme constitutionnelle, il faut rappeler que l'Assemblée nationale, dominée par le parti au pouvoir, avait donné en septembre 2017 son aval à un avant-projet de loi constitutionnelle qui inclurait une limitation à deux du nombre de mandats présidentiels, et l'organisation d'un second tour si aucun candidat à l'élection présidentielle n'obtenait la majorité absolue au premier tour.

Mais il existe une autre question sensible : elle concerne les manifestants arrêtés au cours des derniers mois. Un certain nombre d'entre eux ont déjà été libérés (on parle de 41 libérations sur 92 personnes arrêtées) ; mais des incertitudes demeurent quant au sort des autres. L'opposition réclame en particulier la libération de trois militants d'une association d'éducation à la citoyenneté responsable. L'un a été condamné à une peine de plusieurs mois d'emprisonnement ; les deux autres attendent toujours d'être présentés à un juge.

Pour aller plus loin :

Face aux tensions croissantes entre le gouvernement et l'opposition au cours de l'été 2017, l'Église catholique a appelé dans un premier temps aux «réformes demandées par le peuple» avant de faire une offre de médiation, bientôt suivie par l'EEPT et l'EMT. Les négociations ont finalement pris un tour plus politique sous la facilitation du président du Ghana. Mais elles n'ont guère progressé, et la troisième session, le 23 mars, a duré quelques heures à peine avant d'aboutir à un blocage. Retrouvez ci-dessous en quelques liens un résumé de la situation du Togo et des efforts de médiation des Églises.

Quelle est la position des Églises qui ont constitué le PAOET ?

Leur position de principe n'a pas changé : elles sont pour le dialogue entre toutes les parties. Cela étant, elles ne participent pas directement à ce dialogue. Au vu de l'orientation exclusivement politique donnée aux négociations, qui sont menées sous l'égide du président ghanéen Nana Akufo-Addo, les Églises sont obligées de se cantonner dans le rôle d'observatrices attentives ; elles ne peuvent que souhaiter que les parties en présence arrivent à un compromis qui éviterait les risques d'un certain nombre de dérapages. Néanmoins, elles ont élaboré des propositions alternatives au cas où le blocage demeurerait, et elles maintiennent des contacts avec les différents protagonistes qu'elles avaient, il faut le souligner, rencontrés avant le démarrage du dialogue.

Quand et comment les discussions doivent-elles reprendre ?

Après la rencontre du 23 mars, qui n'a duré que quelques heures, aucune date n'a été fixée pour la reprise des négociations. Il en est ressorti simplement que les discussions individuelles vont continuer ; et que sur la base des résultats de ces consultations des différentes parties par le facilitateur, une autre séance de négociations en plénière sera convoquée. Une délégation du parti au pouvoir s'est donc rendue à Accra, pour des discussions avec le président du Ghana, qui demandera sans doute par la suite à une délégation de l'opposition togolaise de venir également le rencontrer.

Quels sont les principaux obstacles à la reprise des discussions ?

Lorsque les délégations se sont séparées après la dernière séance de négociations, les deux principaux points de désaccord étaient :

  • l'éventualité que le président actuel puisse se représenter en 2020. Pour l'opposition, il n'en est tout simplement pas question ; alors que pour le parti au pouvoir, il va de soi que son candidat naturel au prochain scrutin devrait être le président Faure Gnassingbé.
  • l'étape qui devrait suivre cette période de dialogue politique : irait-on vers un gouvernement de transition, un gouvernement d'union nationale ? Conserverait-on la situation actuelle, avec un gouvernement uniquement composé de membres du parti au pouvoir ?

Restent également sur la table des discussions le cas des manifestants encore emprisonnés ; et celui de la réforme institutionnelle. Car pour l'opposition, il ne peut pas y avoir de processus électoral crédible tant que les principales institutions du pays n'auront pas été réformées. C'est tout particulièrement le cas de la CENI, la Commission Électorale Nationale Indépendante.

Une chose préoccupe particulièrement la population togolaise : les risques de divergences au sein de l'opposition. Une partie de la coalition semble totalement opposée à toute solution qui permettrait à Faure Gnassingbé de rester à la présidence de la République pendant la période de transition, si cette option était retenue; une autre serait peut-être prête à s'en accommoder, si une partie des pouvoirs étaient délégués à un Premier ministre. L'opposition saura-t-elle maintenir son unité ? Dans le cas contraire, cela risquerait d'hypothéquer très sérieusement la suite de la lutte engagée par les militants de l'opposition et une large partie de la population.

Propos recueillis par Franck Lefebvre-Billiez

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