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Centrafrique : soigner les séquelles des violences

Si les pillages ont laissé des traces, les séquelles les plus graves ne sont pas les plus visibles. Elles sont toujours là, malgré le relatif retour au calme que connaît la République centrafricaine, alors que se prépare le grand Forum de réconciliation prévu à Bangui dans quelques semaines. Les besoins d'accompagnement sont grands, sur les plans tant spirituel que psychologique. C'est l'appel que lance Bertin Oundagnon, vice-président de l'Église protestante Christ-Roi de Centrafrique. La Cevaa, le Défap et la CETA se sont associés dans un programme d'aide.
Le site de l’EPCRC
Le site de l’EPUdF

>> Le site de Pharos <<
>> RCA: l’ex-Seleka complique la préparation du Forum de réconciliation <<
>> RCA: affrontements à Bria entre ex-Seleka et forces internationales <<
>> Le mandat de la Minusca (Nations-unies) <<

 

Bertin Oundagnon © F. Lefebvre-Billiez, Défap

Dans la douleur, les Centrafricains s’efforcent de tourner la page de la guerre civile. Avec l’aide de la Minusca (la Mission multidimensionnelle Intégrée pour la Stabilisation en République centrafricaine), appuyée par les troupes françaises de l’opération Sangaris, la situation s’est largement améliorée sur le plan de la sécurité. À Bangui même, la volonté de retour à une vie normale est manifeste. « La plupart des déplacés qui fuyaient les violences ont quitté les lieux où ils s’abritaient, camps de fortune, écoles ou églises », souligne Bertin Oundagnon, vice-président de l’Église protestante Christ-Roi de Centrafrique (EPCRC). « Ils sont peut-être encore 3000 à camper près de l’aéroport, là où ils étaient des dizaines de milliers ». Signe tout aussi visible, la multiplication des chantiers de travaux publics : « la municipalité recrute des jeunes gens pour creuser des tranchées pour l’écoulement des eaux, pour travailler à des ponts et aménager les rues. » Ces « Travaux de haute intensité de main d’œuvre », qui visent autant à occuper les jeunes Banguissois qu’à réhabiliter des infrastructures dégradées, sont prévus dans tous les arrondissements de la capitale à l’exception du 7ème.

Les membres de l’EPCRC sont les témoins directs de ce retour progressif au calme... mais aussi des résurgences toujours possibles de violences. Le quartier où sont construits les principaux bâtiments de l’Église est sous la protection immédiate des forces internationales : les exactions y ont été moins graves que dans d’autres arrondissements de Bangui. Ce qui n’a pourtant pas empêché les pillages (le Centre protestant de la Jeunesse a été particulièrement visé) ni les agressions. Aujourd’hui encore, « le moindre incident peut dégénérer très vite », témoigne Bertin Oundagnon : « tout a l’air tranquille, et soudain, on entend des coups de feu ». C’est particulièrement vrai du côté du « Km5 », zone endémique de tensions et d’affrontements, où vivait avant les troubles la majorité de la population musulmane de la capitale : alors que le quartier est longtemps resté inaccessible, la circulation y a été rétablie sur deux axes. Mais les bouffées de tension y sont fréquentes. Ainsi, à travers Bangui, « la vie essaie de suivre son cours en dépit des braquages, des enlèvements », résume Bertin Oundagnon. Une violence qui peut éclater à tout moment, et des rapts qui n’épargnent ni le personnel humanitaire (une Française a été détenue plusieurs jours par des anti-balaka en compagnie d’un Centrafricain travaillant pour la même ONG médicale catholique), ni même les membres du gouvernement : Armel Ningatoloum Sayo, ancien rebelle, ancien membre des FACA (les Forces armées centrafricaines) et aujourd’hui ministre de la Jeunesse et des Sports, est, lui aussi, prisonnier d’un groupe anti-balaka depuis le 25 janvier.

Les débuts difficiles du Forum de réconciliation

 


Bertin Oundagnon

« Au sein de l’Église, beaucoup ont subi des traumatismes »

« Nous avons besoin de pasteurs »

« Nous sentons que nous ne sommes pas seuls »

Mais si des groupes armés peuvent encore impunément opérer en plein Bangui, que dire des régions de l’Est ou du Nord qui sont toujours aux mains de l’ex-Séléka ? Rebaptisée FPRC (Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique), l’ancienne coalition rebelle responsable de la chute de François Bozizé contrôle toujours des villes entières, et ne compte pas s’en laisser déloger - poussant les forces internationales à intervenir en force : c’est ce qui s’est passé à Bria. Dans cette ville du centre-Est du pays, aux mains d’environ un millier de combattants du FPRC, une colonne de la force Sangaris a fait irruption au matin du 10 février, reprenant en quelques heures plusieurs bâtiments administratifs...

C’est pourtant dans ce contexte instable que les Centrafricains parlent de réconciliation. Des consultations populaires ont été lancées en janvier à travers tout le pays : des équipes de « facilitateurs » envoyées par le gouvernement sont chargées de recueillir les doléances des habitants pour préparer un grand Forum de réconciliation prévu à Bangui dans quelques semaines. Dans les régions aux mains de l’ex-Séléka, les débuts ont été difficiles. C’est d’ailleurs ce qui a précipité l’intervention de la force Sangaris à Bria, dont l’accès avait été interdit aux « facilitateurs ». D’autres villes ont déjà achevé les consultations, et parfois les habitants ont voulu faire connaître publiquement leurs demandes, comme dans la préfecture du Mbomou : la population y a réclamé « le désarmement systématiques des groupes armés, leur démobilisation et réinsertion dans la vie sociale, la libre circulation des biens et des personnes sur tout le territoire, la restauration de l’autorité de l’État, la traduction imminente des auteurs des crimes en justice... » Dans le même temps, le Conseil national de transition s’est réuni en session extraordinaire afin de valider un avant-projet de Constitution et d’examiner la création d’une Cour pénale spéciale, ainsi que la révision du code électoral pour permettre la tenue des futures élections.

Besoins matériels et besoins spirituels

Bernard Croissant (à droite) à l’école du dimanche de l’EPCRC, en décembre 2014 © DR

Reconstruire : c’est aussi la priorité de l’EPCRC. Tant sur le plan matériel que sur le plan spirituel. Car si les pillages ont laissé des traces, les dégâts les plus profonds ne sont pas les plus visibles. « Quelle parole d’Évangile apporter, et quel soutien aux personnes, dans un contexte dans lequel beaucoup ont subi des traumatismes ? » s’interroge Bertin Oundagnon. Durant les pires moments de violence, les membres de l’Église protestante Christ-Roi trouvaient un réconfort dans le soutien et les prières de leurs Églises sœurs. À présent que le retour au calme rend une intervention sur place possible, une aide directe est nécessaire. C’est le sens du programme de soutien dans lequel se sont associés la Cevaa, le Défap et la CETA, et qui a permis la venue, il y a quelques semaines, du pasteur Bernard Croissant, envoyé par le Défap. Cette visite, outre le lancement des premières actions d’accompagnement, avait pour but d’évaluer les besoins et les moyens d’y faire face. « Le pasteur Bernard Croissant a été pour nous comme un miroir », témoigne Bertin Oundagon, « un regard extérieur dont nous avions besoin ». Après cette première phase de diagnostic, le programme d’aide devrait s’engager sur trois axes : accompagnement pastoral, mise en place d’une cellule d’écoute psychologique, formation biblique pour les femmes ; à quoi s’ajouteront des travaux de rénovation du Centre protestant de la Jeunesse et la construction d’un lieu d’accueil pour les enfants à Morija, au Km 18.

Si Bertin Oundagnon évoque les difficultés matérielles de l’Église, il insiste surtout sur la nécessité d’un accompagnement. « Nous avons besoin de pasteurs pour apporter des réponses bibliques ou théologiques, sur la question du mal que l’on subit, sur la manière de garder la foi malgré les traumatismes, lorsqu’on se demande : mais où est le Seigneur ? Ces compétences, nous ne les avons pas forcément aujourd’hui à Bangui. Nous avons aussi besoin de former les membres de la cellule d’écoute, pour qu’ils puissent ensuite continuer eux-mêmes le travail. Nous attendons de nos partenaires cet appui en termes de ressources humaines ». À la suite de Bernard Croissant, un autre pasteur français est attendu dans les prochaines semaines à Bangui...

Franck Lefebvre-Billiez

Le témoignage de Bernard Croissant
« La Cevaa, par l’intermédiaire du Défap, s’est engagée aux côtés de l’Église protestante Christ-Roi à Bangui pour apporter une présence pastorale rassurante et encourageante. À cause de la guerre civile, la population se trouve en état de choc. Toutes les initiatives, les activités et la vie elle-même sont inhibées par la peur et le désarroi. Ma mission consiste à aider les pasteurs et le conseil presbytéral à former des prédicateurs laïcs, à former théologiquement et spirituellement les membres d’une cellule d’écoute et à étudier les conditions de la remise en route du Centre protestant de la Jeunesse (...) Tout s’arrête à 17h30, à la tombée de la nuit, car on craint toujours des exactions de la part de bandes armées. La priorité, pour les Centrafricains, est de vivre en sécurité, ce qui implique le désarmement total de tous les combattants (...) »
  (extrait de témoignage publié dans L’Église Missionnaire, janvier 2015)

 

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