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Message de Centrafrique : « Nous sommes dans la fournaise »

Violence quotidienne, survie au milieu des groupes armés qui peuvent attaquer à tout moment sous le regard de forces internationales passives : les deux délégués de l'Eglise protestante Christ-roi de Centrafrique ont donné, lundi 20 octobre, devant l'AG de la Cevaa, un témoignage frappant du calvaire que vit la population centrafricaine entière. Tout en prenant une image biblique, celle de Schadrac, Méschac et Abed-Nego, les trois Hébreux jetés dans la fournaise par le roi Nebucadnetsar.

8e AG DE LA CEVAA
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Ferdinand Bombayaké et Brigitte Oundagnon © Cevaa

Jusqu'au dernier moment, Ferdinand Bombayaké et Brigitte Oundagnon n'étaient pas certains de pouvoir prendre l'avion pour le Sénégal. Lui est le président du conseil presbytéral de l'Eglise protestante Christ-roi de Centrafrique (EPCRC), à Bangui ; elle est déléguée de son Eglise à la huitième AG de la Cevaa et épouse du vice-président de l'EPCRC, Bertin Oundagnon. Tous deux devaient porter des nouvelles de leur Eglise à l'Assemblée Générale de Saly, sur la côte sénégalaise. Mais quelques jours avant leur départ, les rues de Bangui se sont remplies de barrages.

La tension permanente qui règne dans la capitale centrafricaine entre groupes rivaux se réclamant qui des ex-Séléka, qui des anti-balaka, et qui tous rançonnent la population, avait de nouveau connu un pic de violences. Sur fond d'appels à la démission de la présidente Catherine Samba-Panza, de plus en plus contestée, des groupes d'anti-balaka avaient investi les rues ; pendant plusieurs jours, des tirs ont retenti dans plusieurs quartiers de Bangui, entre pillages, accrochages et représailles entre groupes rivaux. Une patrouille de la Minusca (Mission des Nations Unies pour la stabilisation en République Centrafricaine) a même été prise dans une embuscade qui a fait un mort et neuf blessés, dont un grave.

Ferdinand Bombayaké et Brigitte Oundagnon ont finalement pu prendre l'avion. Les barricades qui rendaient impraticable la route de l'aéroport avaient été démantelées. Ils sont arrivés, avec quelques jours de retard, à l'Assemblée Générale de la Cevaa, à Saly. Ils ont témoigné des souffrances quotidiennes de leur Eglise et, au-delà, de tous les Centrafricains.

« On peut se faire attaquer en pleine rue devant les forces internationales »

 

 

Ferdinand Bombayaké

F. Bombayaké : « Ce n'est pas une guerre de religions »

F. Bombayaké : « Les forces internationales ne nous aident pas »

B. Oundagnon : « Merci pour votre soutien en prières »

Pour l'heure, la situation s'est quelque peu apaisée à Bangui, après des jours d'affrontements et de représailles. C'est désormais plutôt dans le centre du pays, du côté de Bambari, que des violences sont signalées. Là encore, la population est prise en tenailles entre des groupes armés se réclamant qui des ex-Séléka, qui des anti-balaka, ce qui provoque de nouveaux mouvements de population et la fuite d'habitants vers la RDC voisine, qui a déjà accueilli des milliers de réfugiés.

Mais à Bangui, une étincelle peut tout faire repartir en un instant. Tout affrontement peut dégénérer en pillage. Il y a les groupes armés, bien sûr (« des brigands », assure Ferdinand Bombayaké, englobant dans le même terme ex-Séléka et anti-balaka) ; il y a des individus vivant d'expédients et de vols qui, pour survivre, sont prêts à les suivre ; il y a enfin les habitants des quartiers qui tentent de s'organiser pour se défendre des agressions, mais qui peuvent eux-mêmes exercer des représailles terribles quand ils parviennent à se saisir d'un de leurs agresseurs. Une situation chaotique que Ferdinand Bombayaké résume d'une phrase : « aujourd'hui à Bangui, quand les gens entendent des tirs, ils ne fuient même plus. Ils vont voir ce qu'il se passe... » Brigitte Oundagnon renchérit : « il n'y a pas un quartier qui soit épargné. On peut partir au travail le matin et trouver des barrages le soir. On peut se faire attaquer en pleine rue dans sa voiture. Et sous le regard des forces internationales... »

Dans ces souffrances quotidiennes, la Cevaa et le Défap s'efforcent d'agir par l'ouverture d'un poste pastoral à Bangui, par le soutien à une cellule d'aide psychologique. Une visite commune organisée  par la Cevaa, le Défap et la Ceta (Conférence des Eglises de toute l'Afrique) au mois d'avril dernier, a permis d'évaluer les besoins et de tisser des liens avec d'autres Eglises elles aussi confrontées aux mêmes défis : Eglises évangéliques, Eglises adventistes, qui accueillaient alors dans leurs locaux des centaines de réfugiés... Le président du Défap, Jean-Arnold de Clermont, se rend régulièrement sur place. Le simple fait de savoir que d'autres Eglises, hors de Centrafrique, les portent dans leurs prières, est déjà un soutien pour les Eglises centrafricaines. C'est aussi pour ce soutien en prières que Brigitte Oundagnon, devant l'Assemblée Générale de Saly, a voulu remercier toutes les Eglises sœurs de la Cevaa.

Franck Lefebvre-Billiez

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