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AG 2014 de la Cevaa: quelles familles ? Quelles cultures ? Quelle lecture de l’Évangile ?

La thématique de la nouvelle Action Commune de la Cevaa, "Familles, Evangile et cultures dans un monde en mutation", a été au coeur des travaux des troisième et quatrième jours de l’Assemblée Générale de Saly. Avec, en introduction des débats et réflexions de groupes, les présentations de deux intervenantes : l'une psychologue et pédagogue, Irène Amenyah Sarr, l'autre théologienne, Katharina Schächl.

8e AG DE LA CEVAA
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Travaux de groupe à l'AG de Saly. Tout à droite de la photo, Katharina Schächl © Cevaa

Quel regard peut-on porter aujourd’hui sur la famille quand on est sociologue, et chrétien ? De quelle manière envisager les évolutions parfois contrastées, voire concurrentes, des modèles familiaux selon les milieux culturels, qui poussent à mettre le mot « famille » au pluriel ? Qu’en dire, aussi, sur le plan théologique ? La thématique de la nouvelle Action Commune de la Cevaa, « Familles, Évangile et Cultures dans un monde en mutation », a concentré une grande partie des travaux des troisième et quatrième jours de l’Assemblée Générale de Saly. Que ce soit à travers une double présentation en plénière faite par le docteur Irène Amenyah Sarr, psychologue et pédagogue sénégalaise, et par Katharina Schächl, théologienne de l’Église protestante unie de France, qui ont croisé leurs regards sur la thématique centrale de l’AG ; à travers des travaux de groupes ; ou encore à travers un débat qui a permis de mesurer la variété des conceptions de la famille présentes au sein des Églises de la Cevaa (voir l'article : "Premiers retours sur les débats"). Le thème s’est même retrouvé dans la présentation de la nouvelle brochure d’animation théologique, puisqu’il a été repris pour illustrer des méthodes d’animation qu’ont pu expérimenter les délégués.

Irène Amenyah Sarr a commencé sa présentation par une approche « développementale » de la famille, centrée notamment sur la problématique de la transmission. Ce type d’approche doit beaucoup aux travaux du sociologue Duvall, dans les années 50, qui a divisé le cycle de la vie familiale en divers stades auxquels sont associées des tâches précises. Premier point : il n’y a pas de modèle « idéal » de famille (père, mère, deux enfants), mais des familles aux multiples formes. Deuxième point : la famille (composante incontournable de la culture) a un rôle essentiel à jouer pour permettre le développement harmonieux des enfants, en leur transmettant les valeurs et les références sociales qui les accompagneront toute leur vie. Dans cette tâche, les familles doivent être accompagnées – non pour être jugées, mais pour les aider à transmettre aux enfants ce qui permettra leur bon développement tant social que moral, ou identitaire. En conclusion, l’intervenante a appelé les Églises à s’ouvrir et à se rapprocher pour répondre aux problématiques actuelles posées dans les familles et les cultures.

Attention aux mots qui peuvent blesser

Katharina Schächl a noté pour sa part que la thématique de la famille dépasse les frontières confessionnelles, puisqu’en même temps que la huitième Assemblée Générale de la Cevaa, se tient à Rome un synode de l’Église catholique consacré aussi à la famille, dans des termes très proches de ceux choisis par la Cevaa. Elle a souligné aussi que si l’enjeu est largement reconnu, la réflexion n’est pas simple. Dans le sens littéral : simple (en français du moins) vient de « plié une fois », « formé d’un seul élément ». La difficulté, ou la complexité, venant du fait que « la réflexion se situe dans un contexte de mutation justement, de changement », et qu’elle « touche directement à l’intimité et à l’identité des personnes que nous sommes. Nous sommes toutes et tous issues de familles, nous y avons toutes et tous reçu des choses bonnes (et moins bonnes), nous sommes toutes et tous tributaires d’une culture, voire de plusieurs, dans laquelle, dans lesquelles nous avons entendu parler de Dieu ». D’où la charge d’émotion que peuvent représenter tous les mots, tous les arguments, d’où le risque de blesser et d’être blessé, le besoin d’être attentif à l’autre... Le besoin, aussi, de ne pas se confier dans des recettes simples, surtout dans un contexte où l’on se sent déstabilisé. Et de ne pas compter sur l’Évangile pour fournir de telles recettes.

Dans un contexte changeant, mouvant, appelant à des adaptations mais générateur d’inquiétudes, plutôt que de se focaliser sur la quête de réponses directement applicables, Katharina Schächl a appelé à « interroger notre rapport aux écritures, notre compréhension de l’Évangile, notre rôle de témoins de l’Évangile ». Ouvre-t-on la Bible pour y trouver des repères ou la présence bienveillante de Dieu ? Et qu’est-ce que l’Évangile sinon « ce qui fait que le Christ est là », comme le disait Luther, ou encore « un cri de la grâce et de la miséricorde divine » ? Et comment être témoins, sachant que cette parole de libération nous vient de Dieu, non de nous-mêmes, et que nous ne pouvons qu’être les « passeurs » de ce qui nous est venu d’ailleurs ?

Pour que l'Évangile soit vraiment « Bonne Nouvelle »

Pourtant la demande de « recettes » directement applicables peut venir du dehors des Églises. « La société, a encore souligné Katharina Schächl, attend parfois des Églises d’être garantes de « valeurs », pour ne pas dire de « morale ». Or, force est de constater que les Églises ne se sont pas constituées pour être les garantes de la bonne conduite des citoyens, mais pour proclamer l’Évangile de Jésus Christ, mort et ressuscité ! (…) Pour qu’il y ait « Évangile », « Bonne Nouvelle » (et pas « Mauvaise Nouvelle »…), celle-ci doit agir pour celui ou celle qui la reçoit dans le sens de la libération. »

Ces regards croisés de la sociologue et de la théologienne ont servi d’introduction à des travaux de groupes, puis à un débat en plénière au cours desquels ont été abordés franchement des sujets qui souvent divisent les Églises, et touchant à la structure de la famille (voir l'article : "Premiers retours sur les débats"). Avec la question, par exemple, de la perception de l’homosexualité selon les pays et les cultures (admise ici, scandale ailleurs), et de l’accueil fait aux couples de même sexe. Mais aussi la question de la polygamie. Avec, dans un cas comme dans l’autre, l’aspect légal qui se rajoute et apporte un niveau de complexité supplémentaire : dans les pays européens, la polygamie est un délit, et ne peut donc pas faire débat ; au Sénégal, où se déroule l’AG de la Cevaa, ce sont les pratiques homosexuelles qui peuvent être pénalement sanctionnées. Un interdit que le président Macky Sall n’envisage pas de lever dans un futur proche, ce qu’a rappelé un participant du débat... Mais au-delà, les débats ont aussi porté sur les souffrances des familles, transformées, recomposées par la vie, avec ou sans enfant, avec ou sans père ou sans mère : sont-elles moins bénies ? Ont-elles justement, comme l’a suggéré Katharina Schächl, davantage besoin de bénédiction ?

A l’issue de ce débat franc mais respectueux, Irène Amenyah Sarr a proposé une définition de la famille : « structure sociale et juridique qui, pour le développement intégral de ses membres, présente des caractéristiques qui stimulent le tempérament (traits de personnalité), les aptitudes cognitives et comportementales, fournissent un environnement structurant et chaleureux ouvert sur l’extérieur dans le but de permettre le développement harmonieux de la personne. » C’est cette définition, développée, problématisée, replacée dans un contexte chrétien, qui a fourni le texte de base des sessions d’animation théologique auxquelles ont participé les délégués dès le lendemain.

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