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Centrafrique : des déplacés massacrés dans une église de Bangui

Alors que les efforts des troupes de la Misca et de la force Sangaris semblaient avoir fait baisser le niveau de violence à Bangui, les tensions polarisées autour du quartier du "Km5" ont dégénéré en lynchages et affrontements depuis ce week-end. Une église catholique, Notre-Dame-de-Fatima, qui abrite depuis plusieurs mois de nombreux déplacés, a été attaquée. Parmi les morts figure l'abbé Paul-Emile Nzalé.
Corps d'une des victimes de l'attaque de l'église Notre-Dame-de-Fatima © A.B.

Malgré les efforts des troupes françaises de la force Sangaris, appuyant les éléments de la Misca (Mission Internationale de Soutien à la Centrafrique sous conduite Africaine), Bangui renoue avec les violences. Il n'a fallu que quelques jours, depuis le week-end dernier, pour que les tensions entre communautés dégénèrent de nouveau en lynchages et en affrontements, qui ont culminé avec des scènes de massacre au milieu d'une église catholique où s'abritaient de nombreux déplacés. Parmi les victimes, l'abbé Paul-Emile Nzalé. En réaction, une mosquée a été aussitôt vandalisée... Ces affrontements surviennent alors que de vives tensions ont aussi été signalées dans la ville de Bambari entre des membres de la Séléka et les forces Sangaris, sur fond de méfiance croissante entre des communautés qui jusqu'alors cohabitaient sans difficulté majeure... Voici le récit de cette résurgence des violences fait sur trois jours par un pasteur de Bangui avec lequel la Cevaa est en contact (1) :

26 mai

Premiers affrontements entre anti-balakas et Séléka

« Après les affrontements meurtriers de Bambari le week-end dernier où le bilan se chiffre à plusieurs morts parmi la population civile – sans compter les combattants de la Séléka – c'est à nouveau au Pk5 et dans le Km5 que les démons de la violence ont fait parler d'eux.

Une des victimes de l'attaque de l'église Notre-Dame-de-Fatima © A.B.

La présidente de transition (Catherine Samba-Panza, ndlr) fêtait la fête des mères à sa manière, dans un complexe sportif pouvant accueillir 20.000 personnes, avec un groupe de femmes dont certaines ont aussi été reçues au palais présidentiel. Pendant ce temps des violences éclataient au Pk5, et ensuite au Km5.

En fait, des groupes d'auto-défense s'étaient constitués dans ces secteurs regroupant chrétiens et musulmans – malheureusement les membres du groupe du Km5 s'étaient rendus vers PK5 et 3 musulmans dudit groupe ont été tués par les membres de l'autre groupe. Cela a dégénéré et la Misca burundaise (le contingent burundais de la Misca, ndlr) a dû intervenir. Suite à cela, les musulmans du Km5 voulaient attaquer la population de Fatima. Les anti-balakas ont alors réagi et se sont répandus dans les quartiers Boieng, Cattin, Fatima... Des affrontements ont éclaté, avec des tirs nourris qui ont duré toute l'après-midi et une partie de la soirée (...)

Toute cette semaine sera consacrée au déroulement du programme de réconciliation qui culminera avec le grand rassemblement – regroupant chrétiens et musulmans – le samedi 31 mai au complexe sportif 20.000 places, où tout le gouvernement est invité. Merci de prier pour la protection pendant tout le déroulement du programme. »

27 mai

Une journée rythmée par les tirs

« La journée d'hier a été rythmée par des tirs tantôt nourris, tantôt sporadiques dans le secteur du Km5. Selon des témoins oculaires, un véhicule rempli de musulmans armés a débarqué du côté d'ABC – un secteur contrôlé par les musulmans en plein Km5 – ce qui a fait fuir les gens. Certainement en réponse à la préparation des attaques prévues par les anti-balakas pour la journée. En fait, ce que nous avons constaté, c'est que ces prétendus groupes anti-balakas sont des voleurs qui font fuir les habitants et en profitent pour dévaliser maisons et magasins. Ils ont installé leur base hier dans notre quartier pendant un bon bout de temps avant de déguerpir. C'est une menace constante qui devient de pus en plus insupportable. Merci de continuer à prier pour notre protection. »

 

29 mai

Massacres et enlèvements

« Hier matin les musulmans avaient raté de peu de tuer un moto-taxi en lançant une grenade sur le pont Fodé (sortie du 3ème arrondissement). Les affrontements sont alors devenus quasiment quotidiens entre les anti-balaka et les intégristes musulmans du Km5.

Tôt cet après-midi, les affrontements ont repris. C'est alors que la Misca burundaise s'est tenue aux côtés des combattants musulmans pour repousser les anti-balakas qui ont tué un soldat burundais. Le champ étant désormais libre, les musulmans sont arrivés à bord de pick-up, grimpant par derrière la clôture de l'enceinte de l'église catholique Notre-Dame-de-Fatima qui abrite depuis plusieurs mois des milliers de déplacés qui croyaient trouver la sécurité au sein de l'église en dépit de plusieurs attaques dans le passé.

Corps de victimes de l'attaque de l'église Notre-Dame-de-Fatima © A.B.

Hommes, femmes et enfants impuissants et sans défense ont été massacrés. Plusieurs ont été égorgés, blessés par machette et tués par les armes. L'abbé de la paroisse, grièvement blessé après avoir été poignardé, a été transporté à l'hôpital ; il a rendu l'âme quelques minutes après. Plusieurs dizaines de personnes ont été forcées de monter dans les pick-up. Ceux qui refusaient se faisaient tirer dessus. Ces personnes sont en train d'être torturées et tuées sans que personne ne se mette en peine de les rechercher.

C'est l'incompréhension, la consternation et le désarroi. Je me suis rendu sur les lieux pour prendre quelques photos des cadavres allongés. C'est alors que j'ai appris que l'une des orphelines que nous suivons, Elvira, avait été blessée et hospitalisée d'urgence. Je suis allée la retrouver à l'hôpital de Bimbo, où elle était sous sérum. Plusieurs blessés ont dû se faire extraire des balles ; les cas les plus graves ont été transférés à l'Hôpital Communautaire. Elvira est hors de danger mais reste sous observation jusqu'à demain.

J'avais plusieurs fois mentionné la présence des intégristes au Km5, et récemment des combattants musulmans débarqués à bord d'un pick-up. Merci de prier pour la pauvre population civile qui continue à souffrir. Alors que nous sommes entrain de travailler pour la cohésion sociale, les radicaux sapent nos efforts. Nous n'allons pas baisser les bras et nous allons continuer à crier vers le Seigneur. »

 

(1) Ce pasteur de Bangui, également coordonnateur de l’organisation Nations en Marche Mission et Jeunesse, entretient une correspondance suivie en France avec Jean-Jacques Puig, membre du conseil local de l'Église protestante unie du Nord-Médoc. Si vous voulez plus de nouvelles de ce pasteur et de sa famille, vous pouvez joindre directement Jean-Jacques Puig.
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