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Polyclinique du Bon Samaritain : le prix de la santé... et de la solidarité

Œuvre de santé de l'Eglise protestante méthodiste du Bénin, cet établissement de Porto-Novo soutenu par la Cevaa accueille les patients sans distinction de religion. Les prestations y sont meilleures que dans les hôpitaux publics, les soins plus accessibles. Mais il faut surmonter tous les jours les problèmes matériels...
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Séminaire "Église et santé" au Togo
Personnel de la clinique faisant des analyses © F. Lefebvre

Les patients sont assis par dizaines dans le couloir. En ce 23 juillet, il y a foule à la polyclinique du Bon Samaritain, à Porto-Novo. Les plus confortablement installés ont droit à d'incongrus bancs d'église fournis par une paroisse, et qui font face au comptoir d'accueil ; les autres se répartissent où ils peuvent, parfois à même le sol. Devant la salle des « spécialités », beaucoup de mères avec leur enfant : aujourd'hui ont lieu les consultations en pédiatrie. Si la médecine générale a droit à sa propre salle, les « spécialités » doivent, faute de place, se partager un seul et même local, par roulement. Au dernier étage aussi, il y a foule dans la salle des mères qui ont dû subir une césarienne : les lits ont été alignés serrés pour accueillir le maximum de patientes (une douzaine) ; et comme c'est l'heure de la visite, des proches des jeunes opérées remplissent la pièce au point de pouvoir à peine circuler.

L'affluence n'est pas toujours aussi importante. Depuis 2007, Madame Soudé, chef du service stomatologie, a pu voir que les arrivées de patients obéissent à des cycles en fonction des périodes de l'année. Elle a pu voir aussi l'évolution de leur prise en charge (« une nette amélioration », assure-t-elle), et, surtout, mesurer la différence avec les hôpitaux publics : c'était dans un de ces établissements qu'elle travaillait jusqu'à sa retraite, en 2002. Désormais, elle continue à donner des soins ici, à la polyclinique du Bon Samaritain, trois jours par semaine en tant que vacataire. « Les patients se disent mieux accueillis, souligne-t-elle. Au moins, ils savent qu'ils pourront obtenir un rendez-vous sans avoir à attendre pendant des mois. Ils savent qu'ils pourront aller jusqu'au bout de leur traitement. Et c'est moins cher pour eux... »

La polyclinique du Bon Samaritain est typique de ces œuvres confessionnelles de santé si cruciales pour nombre de pays africains. Au Bénin, elles supporteraient 47 % du travail de santé publique. Œuvre de l'Eglise protestante méthodiste du Bénin, le Bon Samaritain accueille les patients sans distinction de religion. Les prestations y sont meilleures que dans les hôpitaux publics, les soins plus accessibles ; même les médicaments y sont meilleur marché. Mais tout ceci a un prix.

Le prix de la solidarité

La directrice de la clinique, le docteur Antoinette Kiniffo © F. Lefebvre

Moïse Houssou est le président du comité de gestion de la clinique (« l'œil de l'Eglise », plaisante-t-il), et il reconnaît que « les finances occasionnent toujours des moments difficiles ». Un souci récurrent pour les établissements de ce type... Pour tenter de le surmonter, ils se sont regroupés dans une « Association des œuvres médicales privées confessionnelles, associatives et sociales » (AMCES), où se retrouvent des cliniques catholiques, protestantes, musulmanes...

Malgré cela, le quotidien est difficile. Les problèmes se croisent et se cumulent, générant de nouvelles difficultés inattendues. Moïse Houssou est précisément venu rencontrer la directrice du Bon Samaritain, Antoinette Kiniffo, pour tenter de résoudre un problème d'alimentation électrique qui paralyse le service de radiologie.

Le service a pourtant été équipé, avec le soutien de la Cevaa : elle fait partie du réseau de partenaires internationaux qui soutiennent la clinique. Telle ONG fournit des médicaments (un soutien qui s'est malheureusement tari avec la crise économique en Europe) ; telle autre envoie ponctuellement du personnel médical en renfort. C'était le cas d'une ONG belge, « Médecins Sans Vacances », qui a fourni de manière régulière, pendant des années, du personnel pour des missions courtes. Un envoyé de la Cevaa a travaillé sur place en gynécologie jusqu'en décembre 2010 : le Dr Tocha. Après quoi la clinique a préféré embaucher son propre gynécologue pour assurer la continuité du service. Et lorsque le matériel de radiologie, après de multiples pannes, a définitivement déclaré forfait en 2008, c'est encore la Cevaa qui a été sollicitée. Parallèlement, la polyclinique, trop à l'étroit dans son ancien immeuble, préparait son déménagement. L'aide de la Cevaa pour l'achat d'un nouveau matériel a donc été débloquée après l'installation dans les nouveaux locaux.

Composer avec les soucis matériels

Dans le service de stomatologie © F. Lefebvre

Et voilà que tout se complique : pour faire fonctionner ce nouveau matériel, la clinique pourvue d'un nouveau bâtiment, mais équipée d'un simple compteur électrique de 50 ampères, aurait besoin de plus de puissance. Elle a cherché à s'équiper d'un deuxième compteur. Mais le transformateur électrique qui alimente tout le quartier ne dépasse pas les 150 ampères. Refus, donc, de l'administration, qui n'envisage même pas d'installer un autre transformateur. Ce serait plutôt à l'hôpital de s'acheter son propre transformateur – soit une facture de 22 millions de francs CFA au bas mot (33 500 euros). C'est presque ce qu'a coûté le matériel de radiologie... Pour tourner la difficulté, la clinique envisage d'acheter un groupe électrogène. Un groupe de seconde main de 65 kVA coûterait dans les 10-15 millions de francs CFA – entre 15 000 et 23 000 euros. Mais il faudrait aussi payer le gasoil... Voilà donc le choix auquel sont confrontés Moïse Houssou et Antoinette Kiniffo en ce 23 juillet... Entretemps, c'est le matériel d'échographie, hors d'âge, qui est tombé en panne. Il trône, inutile, dans une salle désertée, entouré d'une impressionnante collection de circuits imprimés, avec lesquels le technicien a tenté de multiples et vains dépannages.

Tous les jours, il faut ainsi composer avec les soucis matériels. Pas de vitrages aux fenêtres du couloir, pas même de moustiquaires, dans une région où la malaria fait des ravages. Pas d'ascenseur pour transporter les brancards jusqu'au bloc opératoire : il faut les monter par l'escalier. Du temps perdu en permanence pour le personnel... à supposer qu'il y en ait de disponible : sinon, le patient reste en bas. Précisément, le personnel manque et travaille sous pression : en stomatologie, par exemple, l'infirmier se charge aussi de l'entretien du matériel. Pour accueillir les patients, une petite salle a été précairement aménagée en bas de l'escalier, faute de mieux.

Le bâtiment est pourtant récent ; mais si la façade est fraîchement peinte, les murs des couloirs sont en béton brut, et l'arrière de l'immeuble n'a pas été achevé : les parpaings y sont encore à nu. Même l'approvisionnement en médicaments est un problème : aujourd'hui, les réserves destinées à la pharmacie sont pleines... mais c'est tout récent. Encore a-t-il fallu acheter à crédit. La clinique remboursera au fur et à mesure qu'elle écoulera son stock. Tout en s'efforçant de vendre les médicaments en-dessous du prix du marché... Car s'il y a un point sur lequel il n'est pas question de transiger, c'est sur l'impératif de solidarité. Sans un établissement comme la polyclinique du Bon Samaritain, combien de patients ne pourraient tout simplement plus se soigner ?

Franck Lefebvre-Billiez

 

Présentation en vidéo de l'AMCES, l'Association des œuvres médicales privées confessionnelles, associatives et sociales, par Moïse Houssou

 

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