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Centrafrique : face aux violences, la main tendue

En dépit des appels à la raison de responsables religieux, et malgré la présence des soldats français, la tension reste très vive à Bangui. Dans d'autres régions de Centrafrique, la Séléka occupe toujours le terrain. Un centre de santé géré par l'Eglise évangélique luthérienne de RCA à Bohong a connu des combats meurtriers.

En dépit des appels à la raison de responsables religieux, et malgré la présence des soldats français, la tension reste très vive à Bangui. Dans d'autres régions de Centrafrique, la Séléka occupe toujours le terrain. Un centre de santé géré par  l'Eglise évangélique luthérienne de RCA à Bohong a connu des combats meurtriers.
 

D'un côté, des images choquantes, comme celles d'une mosquée prise d'assaut devant des journalistes – les assaillants n'hésitant pas à déchirer un Coran face à l'objectif de la caméra. De l'autre, des gestes symboliques d'apaisement, provenant à la fois de chrétiens et de musulmans. Dans la situation d'extrême tension que connaît Bangui, ces deux faits ont des retentissements très inégaux. Les images de violences se retrouvent diffusées en boucle sur de nombreuses chaînes de télévision. Tout comme celles de soldats français faisant leur patrouille de nuit dans les rues de la capitale centrafricaine. Elles contribuent, à l'instar des photos de groupes « anti-balaka » qui affirment leur volonté de combattre les ex-rebelles de la Séléka, à alimenter les peurs et les rancoeurs, aussi bien chez les chrétiens que chez les musulmans. Face à ce poids des images, les paroles de paix restent trop peu audibles.

Parmi les habitants de Bangui, certains résistent pourtant à ce raidissement entre communautés. En témoigne l'exemple de l’église catholique Saint-Mathias, protégée des violences par des musulmans dans un quartier majoritairement musulman de la ville. Les mises en garde de responsables religieux, tant chrétiens que musulmans, contre les discours de haine, se sont aussi multipliées depuis l'arrivée des 1600 soldats français venus soutenir la Mission internationale de soutien à la Centrafrique sous conduite africaine. « Malheureusement, ces initiatives n'ont pas permis d'arrêter ni même de faire baisser d'intensité les conflits », reconnaît, joint par le Défap, un responsable de l'Eglise protestante Christ-Roi de Centrafrique, membre de la Cevaa.

 

 

« Les Eglises ont été contraintes de jouer les sapeurs-pompiers »

L'archevêque de Bangui, Dieudonné Nzapalainga, le pasteur Nicolas Grékoyamé-Gbangou, président de l'Alliance des évangéliques en Centrafrique, et l'imam Omar Kobine Layama ont pourtant décidé d'unir leurs efforts dans une « plateforme pour la paix ».  Ils dénoncent de concert des violences qui n'ont, à l'origine, pas de fondements religieux, mais menacent aujourd'hui de dresser les uns contre les autres chrétiens et musulmans. Récemment encore, souligne le responsable de l'Eglise Christ-Roi, tous trois « se sont rendus en divers lieux où se trouvent des déplacés, non seulement pour contribuer à porter un message de paix et de réconciliation, mais aussi pour distribuer des kits de première nécessité : nourriture et médicaments, par exemple. » Pourtant, si les pillages et lynchages avaient diminué peu après l'arrivée des soldats français, les violences n'ont pas disparu et « les Eglises ont été contraintes de jouer les sapeurs-pompiers, et d'accueillir les victimes ou les personnes déplacées. » Pire encore : les images de « soi-disant chrétiens qui détruisent des mosquées » ont provoqué « des menaces de la secte islamique Boko Haram, qui a prononcé une fatwa contre les Eglises en Centrafrique ».

Les soldats français, bien présents à Bangui, empêchent les pires exactions : « Nous sommes reconnaissants de leur présence : sans eux, il y aurait eu bien plus que quelques centaines de morts. » Mais leur action, aux yeux du responsable de  l'Eglise Christ-Roi, manque de profondeur. « Ils sont intervenus contre des groupes de la Séléka, et pour les désarmer. Ils ont aussi lancé une opération dans une partie de la ville contre des « anti-balaka », apparemment par souci d'équité et pour que l'on n'aille pas croire que la Séléka est leur seule cible. Mais ils ne vont pas jusqu'au bout. Ils agissent dans leur coin, sans se coordonner avec les forces centrafricaines, qui connaissent pourtant le terrain et pourraient les aider à trouver les caches d'armes. Il y a donc beaucoup d'armes qui sont restées cachées, et cela constitue une menace permanente pour les habitants de Bangui. »

 

 

« Il n'y avait pas de problèmes entre chrétiens et musulmans... »

Et en-dehors de Bangui, l'armée française est peu visible ; dans les zones rurales, les ex-rebelles de la Séléka occupent toujours le terrain. D'autres témoignages reçus par le Défap, en provenance de la région de Bouar, dans l’ouest du pays,  font état de violences meurtrières : un centre de santé géré par l'Eglise évangélique luthérienne de RCA à Bohong, à deux heures de piste de Bouar, a été pillé le 12 décembre. Le directeur adjoint de ce centre spécialisé dans la médecine maternelle et infantile évoque une attaque conjointe « par la communauté musulmane et des éléments de la Séléka. » Les combats auraient fait une quarantaine de morts, 25 musulmans et 15 chrétiens. Depuis, les chrétiens ont fui dans la brousse et l'on reste sans nouvelle d'eux, leurs maisons ont été incendiées. Pendant qu'à Bouar, selon la directrice de ce centre de santé, elle-même sage-femme « on assiste à un déplacement massif de la communauté musulmane vers le Cameroun. »

« Ce centre avait déjà été attaqué le 16 août dernier », rappelle Annelise Deiss, de la Colureum (Commission luthérienne des relations avec les églises d'outre-mer), partenaire français de l'Eglise évangélique luthérienne de RCA. « Maintenant, ça recommence... Et pourtant, jusqu'à tout récemment, il n'y avait pas de problèmes dans cette région entre chrétiens et musulmans. L'EELRCA soutenait d'ailleurs, sur le même site, une école pour jeunes filles musulmanes : sans cet établissement, elles n'étaient tout simplement pas scolarisées... » Autre partenaire européen de l'EELRCA, le pasteur Helmut Grimmsmann, de l'ELM (Evangelical Lutheran Mission in Lower Saxony) évoque pour sa part «  un changement dramatique » puisqu'en « 2002 les affaires de la clinique (et des missionnaires!) avaient été cachés dans les maisons des chrétiens et des musulmans sans distinction, pour leur épargner des pillages »...

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